"Sensorium a toujours été l'organe de la sensation. La glande pinéale serait, selon Descartes, le sensorium dans le sens qu'on rapporte de Scapula.
"Il n'y a guère d'expression moins convenable sur se sujet que celle qui donne à Dieu un sensorium: il semble qu'elle le fait l'âme du monde. Et on aurait bien de la peine à donner à l'usage que M. Newton fait de ce mot un sens qui le puisse justifier."
Clarke's Answer:
"On revient encore ici à l'usage du mot de sensorium, quoique M. Newton se soit servi d'un correctif lorsqu'il a employé ce mot. Il n'est pas nécessaire de rien ajouter à ce que j'ai dit sur cela ...
"L'espace destitué de corps est une propriété d'une substance immatérielle; l'espace n'est pas borné par les corps, mais il existe également dans les corps et hors des corps. L'espace n'est pas renfermé entre les corps; mais les corps étant dans l'espace immense sont eux-mêmes bornés par leurs propres dimensions.
"L'espace vide n'est pas un attribut sans sujet; car par cet espace nous n'entendons pas un espace où il n'y a rien, mais un espace sans corps. Dieu est certainement présent dans tout l'espace vide, et peut-être qu'il y a aussi dans cet espace plusieurs autres substances qui ne sont pas matérielles, et qui par conséquent ne peuvent être tangibles ni aperçues par aucun de nos sens.
"L'espace n'est pas une substance, mais un attribut; et si c'est un attribut d'un être nécessaire, il doit (comme tous les autres attributs d'un être nécessaire) exister plus nécessairement que les substances mêmes, qui ne sont pas nécessaires. L'espace est immense, immuable et éternel; et l'on doit dire la même chose de la durée. Mais il ne s'ensuit pas de là qu'il n'y ait rien d'éternel hors de Dieu, car l'espace et la durée ne sont pas hors de Dieu, ce sont des suites immédiates et nécessaires de son existence, sans lesquelles il ne serait point éternel et présent partout.
"Les infinis ne sont composés de finis que comme les finis sont composés d'infinitésimes; j'ai fait voir ci-dessus en quel sens on peut dire que l'espace a des parties ou qu'il n'en a pas. Les parties dans le sens que l'on donne à ce mot, lorsqu'on l'applique au corps, sont séparables, composées, désunies, indépendantes les unes des autres et capables de mouvement. Mais quoique l'imagination puisse en quelque manière concevoir des parties dans l'espace infini, cependant, comme ces parties, improprement ainsi dites, sont essentiellement immobiles et inséparables les unes des autres, il s'ensuit que cet espace est essentiellement simple et absolument indivisible."[63]
Reply of Leibnitz:
"Comme j'avais objecté que l'espace pris pour quelque chose de réel et d'absolu, sans les corps, serait une chose éternelle, impassible, indépendante de Dieu, on a tâché d'éluder cette difficulté en disant que l'espace est une propriété de Dieu. J'ai opposé à cela, dans mon écrit précédent, que la propriété de Dieu est l'immensité; mais que l'espace, qui est souvent commensuré avec les corps, et l'immensité de Dieu, n'est pas la même chose.