Le président du Conseil me donna l’ordre d’obtenir du président de la Chambre correctionnelle la remise de cette affaire après les vacances judiciaires d’août-septembre.

J’ai protesté avec énergie. J’ai indiqué combien il m’était pénible de remplir une pareille mission.

J’ai supplié qu’on laissât l’affaire Rochette suivre son cours normal. Le président du Conseil maintint ses ordres et m’invita à aller le revoir pour lui rendre compte.

J’étais indigné. Je sentais bien que c’était les amis de Rochette qui avaient monté ce coup invraisemblable.

Le vendredi 24 mars Monsieur M.B. ... vint au Parquet. Il me déclara que, cédant aux sollicitations de son ami le ministre des finances, il allait se porter malade et demander la remise après les grandes vacances de son ami Rochette.

Je lui répondis qu’il avait l’air fort bien portant, mais qu’il ne m’appartenait pas de discuter les raisons de santé personnelle invoquées par un avocat, et que je ne pouvais, le cas échéant, que m’en rapporter à la sagesse du Président.

Il écrivit au magistrat.

Celui-ci, que je n’avais pas vu et que je ne voulais pas voir, lui répondit par un refus.

Me Maurice Bernard s’en montra fort irrité. Il vint récriminer auprès de moi et me fit comprendre, par des allusions à peine voilées, qu’il était au courant de tout.

Que devais-je faire?