Madame: J'ay tardé plus longuement que je ne pensais à vous escrire, mais les noces de Mademoiselle de Lorraine nous ont tant ameusées que jusque à cette heure on a peut avoir le loisir. Nous departismes hier de la compaignye qui a esté bien grosse. Les noces furent Mardy passé. Monsr le Prince y est venu bien accompaigné et je vous assure c'est un bien honeste Prince et de bonne grâce. Il se contente fort de sa mye, et aussi elle de lui. Ils s'entendent aller chez eux dans xv. jours. La feste a esté à Bar, il n'y a eu guères d'estrangers, fors la Marquise de Baulde et Madame de Baçin, et des Comtesses et dames voisines. Vous en saurez quelque jour plus au long. Nous sommes en chemin pour aller à Guise, pensant en estre de retour pour la Toussaint. Nous laissons n'tre petit fils à Roche. Il court tant de maladie que nous n'avons osé le mettre en chemin, mais je vous assure il se porte bien. . . . Je vous avais escrit par Saint-Genould, du mariage de v're frère, mais j'entens qu'il ne part pas si tost comme il m'avait dit, pourquoi je veulx vous dire ce qui en est et come le Roy veult faire le mariage de luy et de la nyèce du Pape, fille du Duc de —— je ne puis retrouver son nom, mais elle est belle et honeste et a bonne grâce, et est d'ancienne maison, de l'age de xv. ans. L'on luy donne trois cent mille francs en mariage, elle n'a que ung frère, s'il meurt elle serait heritière de quarante mille livres et d'un Duché et aultre terres. Je pense entre ceci et la Toussaint il en sera fait ou failli. Je prends grand plaisir entendre par vos lettres le bon portement du Roy, de vous et du petit prince. . . . Nous sommes prêts à monter à cheval, pourquoi ferais fin. . . . Ce penultième d'Aoust.

Vre humble et bone mère,
Anthoinette de Bourbon.

À la Reyne d'Écosse.

[Balcarres MSS., ii. 15. Advocates' Library, Edinburgh.]

VI.
Antoinette de Bourbon, Duchesse de Guise, to Mary, Queen of Scotland.

Madame: L'on m'a tant assuré qu'on envoye les lettres sûrement par le moyen des Marchands d'Anvers, que je les ai mis à l'entrée pour en apprendre le chemin. Vostre sœur en doit estre la messagère. Je vous ai escrit la conclusion de son mariage et envoyé les articles et depuis ses noces par vostre brodeur. Je viens de la mener en ménage, en une belle et honneste maison et aultant bien meublée qu'il est possible, nommé Beaumoult. Son beau-père la receuillit tant honorablement et avec tant de gens de bien et grosse compaignye que l'on ne sait plus souhaiter; la Reyne de Hongrerie entre les aultres s'y trouvait et la Duchesse de Myllan, aussi Monsr et Madame la Princesse d'Orange, qui l'on tient grosse, toute fois la chose n'est pas fort sure, et pour ma part j'en doute. Il me semble v're dite sœur est bien logée. L'on luy a fait de beau présens, et elle a de belles basques. Son Mary est jeune, mais il a bon vouloir d'estre du nombre des gens de bien. Il ne paraissait point qu'il fût Caresme, car les armes et les tambours ne cessaient point; il s'y est fait de beaux joustes là bas. A la fin il a fallu departir, qui n'a pas esté sans larmes. Je regagne ce lieu de Guyse, où je ne reste qu'une nuit, et demain à la Fère, où Monsr le Cardinal mon frère et mon père et ma sœur de St Pol seront mercredy, et vendredy recommencerai me mettre en chemin pour gagner Joinvylle le plus tost que je pourrais. Je pense trouver encore Monsr vre père, et nos enfans, savoir les petits et les prètres. . . . Ce xiiii Mars, à Guise. . . .

Anthoinette de Bourbon.

À la Reyne d'Écosse,

[Balcarres MSS., ii. 5. Advocates' Library, Edinburgh.]

VII.
Louise de Lorraine, Princesse de Chimay, to Mary, Queen of Scotland.