Madame: Depuys que Dieu a tant faict pour moi que de me donner un bon Mary, je n'ai point eu loisir de vous en faire la part. Vous pouvez estre assurée que je me tiens en ce monde heureuse d'estre en la maison ou je suis, car avec la grandeur qu'il y a en tout, j'ai un seigneur et beau-père que je vous puis nommer bon, car il me faict un bien bon traitement, accompagné de tant de beaux présents, qu'il me faudroy employer trois feuilles de papier avant que je vous pourrais en rendre bon conte et qui sera, s'il vous plait, occasion de prendre contentement du bien de votre sœur, qui a commandement de vous offrir les très humble services des maistres et seigneurs de cette maison, vous suppliant a tout endroit les employer. Nous avons une très sage et vertueuse Reyne, et je ne puis vous dire l'honneur qu'elle me faict, car estant venue exprés à cette maison—la sienne et nôtre—elle m'a voulu prendre pour sa très humble fille et servante, et veulst que pour l'avenyr je dois estre toujours en sa compagnye, où pour le peu que j'y ai este m'a fayct fort grant chĕre. Madame la Duchesse de Mylan m'a dit le semblable, qui est la meilleure, et nous ésperons bientôt la voir en Lorayne, car le maryage de Monsr le Marquys et d'elle, est en très bon train. Depuis que Madame ma mère est retournèe, elle m'a envoyée une lettre pour essayer si le chemin de ça luy sera plus aise que l'autre, et si'il vous plait de m'apprendre de vos nouvelles, je serai merveilleusement aise. Mais il faudra, Madame que a la lettre que vous m'enverrez, vous mettiez sur le paquet, "Au Duc d'Aerschot," et par les marchands qui viennent d'Ecosse, il vous sera aisé, car en les laissant à Anvers ou à Bruges, ou autre endroit du Pays, ne failleront point, en s'adressant a Monsr mon beau-père, de tomber entre mes mains, car il est grandement craint et aimé par deça, qui sera l'endroit où je supplye Dieu qu'il vous donne très bonne vie et longue. De Beaumont, ce xxv. jour de Mars.

V're très humble et très obeissante sœur,
Louise de Lorrayne.

[Balcarres MSS., ii. 153. Advocates' Library, Edinburgh.]

VIII.
Antoinette de Bourbon, Duchesse de Guise, to Mary, Queen of Scotland.

Madame: Je suis très aise que ce porteur soit venu par ici, pour s'en retourner vers vous, car je vous voullais escrire et envoyer un paquet. . . . Je desire bien fort savoir comme vous vous serez porté en v're couche et aussi comme le Roy et v're petit prince se portent. Je prie a N. S. à tous donner bonne santé et longue vie. Quant à notre costé, tout se porte bien, Dieu mercy! Monr v're père est revenu depuis huit jours pour quelques bastyments et fortifications que le Roy lui a ordonné faire en cette frontière. J'ay esté très aise il ait cette charge, afin de l'avoir plus tost de retour. Quant à v're petit fils, il se porte bien et devient grand; il commence très bien apprendre, et sait quasi son Pater noster, il est joli et bon enfant. J'ai esté cause qu'il n'est venu en ce lien, dans la pour des Rougeolles, qui régnent si fort, et je crains il les prends par les champs, ou il ne peut estre si bien traisté qu'à Joinvylle, et aussi que ne devons demeurer dans ce lieu que huit jours. . . . Nous attendons M. le Cardinal de Lorraine le iii. d'Août. Il vient pour nous tous ensemble trouver au Pont-à-Mousson le huitième du dit mois, on se doit faire le premyer recueil de n'tre nouvelle Dame, pour la mener à Nancy. V're frère aussi vient avec M. le Cardinal, l'on doit faire grande chere a cette bien venue, et force tournois. Les noces furent il y a Dimanche huit jours. S'il s'y fait rien digne de vous faire part vous en serez avertie. J'ai bonne envye de voir si Monsr le Marquis sera bon Mary! L'on se jouit fort au pays recevoir une si honneste Princesse . . . ce xx. Juillet de . . . ec.

Anthoinette de Bourbon.

À la Reyne d'Écosse.

[Balcarres MSS., ii. 4. Advocates' Library, Edinburgh.]

IX.
Christina, Duchess-Dowager of Lorraine, to Mary, Queen of Hungary.