18 Avril, 1552.
Madame: J'ay escrit une letter à votre Majesté pour avoir moyen d'avertir celle-ci et la Reine vostre sœur de la méchancetè que le Roy de France m'a faict, que sur ombre de bonne foy me emmène mon filz avecque grande rudesse, comme Vostre Majesté entendra par ce présent porteur plus au long. Suppliant Vostre Majesté ne prendra de mauvaise part sy je ne faict ceste lettre plus longue, car la grande fâcherie que j'ay, m'en garde. Sy esté, Madame, que je supplie à Vostre Majesté avoir pitié de moy, et m'assister de quelque conseil, et je n'oublyerai à jamais luy faire très humble service et vous obèir toute ma vie, comme celle quy desire demeurer à jamais,
Vostre très humble et très obeissante
nièce et servante,
Chrestienne.
[Lettres des Seigneurs, 101, f. 332. Archives du Royaume, Bruxelles.]
X.
Anne, Duchess-Dowager of Aerschot, to Mary, Queen of Hungary.
18 Avril, 1552.
Madame: Je ne saurais vous escrire la grande désolation en laquelle est presentément Madame ma sœur, constitué par la grande rudesse et cruauté que le jour du grand Vendredy luy a esté faicte par le Roy de France, qui est qu'il esté venu icy sous ombre de bonne foy et vrai amitié, comme dernièrement il nous avoit fait entendre. À son arrivée, il a esté reçu avecque tous les honneurs possible, et le meilleur traistement, et le dit jour du grand Vendredy il fit entendre à Madame comme pour satisfaire au capitulations de la Ligue, il falloit qu'il s'assurait de Monseigneur le duc de Lorraine, et de ses places, et que pour ce faire il falloit qu'il fust transporté à Bar, pour à quoy obvier, Ma dicte dame, Monseigneur de Vaudemont et moy, et tous ceux de son conseil, luy fust faicte une rémonstrance la plus humble qu'il estoit possible. A quoy il e répondit aultre chose sinon qu'il hâteroit sa resolution par escrit, ce qu'il a faict, comme votre Majesté pourra voire par les articles que je vous envoye. Ce voyant, elle et moy l'allâmes trouver en la Grande Galerie où ma dite dame parla encore a luy, jusqu'à se mettre à genoux, luy requérant pour l'amour de Dieu ne transporter son filz, et ne le luy ôter. A quoi ne fit response, et pour conclusion, Madame, le lendemain Samedy, veille de Pâques, il l'ont emmené, accompagné de force gens de guerre, sous la charge du Sr de Bourdillon, mais le Maréchal de Saint André n'a bougé qu'il ne l'ait mis hors de la ville, et c'étoit pitié voire Madame sa mère, Monseigneur de Vaudement et toute la noblesse et le pauvre peuple faire leur lamentation. Et voyant Madame ma sœur en telle pitié, etant en telle douleur, Madame, que votre Majesté peult estimer pour ly avoir faict une telle outrage que de luy oter son filz, et la voyant porter tel desplaisir, moy que m'estait deliberé m'en partir, ne la puis delaisser. Le Roy luy laisse Mesdames ses filles et l'administration des biens, comme elle avait auparavant, reservé les places fortes, qui demeurent à la charge de Monseigneur de Vaudemont, à condition que Votre Majesté pourra voire, toutefois n'y demeurra que Lorrains. Et par ce que Madame j'ai toujours envie de faire service à Votre Majesté tel que j'ai toute ma vie desiré, il luy plaira me commander ce que je fasse, et vous serez obéy comme la plus affectionée servante que Votre Majesté aura jamais. Suppliant Notre Seigneur donner à celle très bonne et longue vie, me recommandant toujours très humblement, en sa bonne grâce. De Nancy, ce lendemain de Pâques.
Anne de Lorraine.
Madame: Depuis avoir escrit à Votre Majesté, le Roy de France a escrit une lettre à Madame ma sœur comme il a eu avertissement que les Bourgnignons faisaient une entreprise pour aller à Bar, afin d'y surprendre Monsieur de Lorraine, et que pour obvier à cela, il a ordonné au Sr de Bourdillon le mener à Joinville, où la Royne de France est encor là.
[Lettres des Seigneurs, 101, f. 330. Archives du Royaume, Bruxelles.]