Voilà plus de huit ou dix jours que je cherche un moment pour vous écrire sans parvenir à le trouver. Nous avons eu de telles affaires depuis nos dernières communications, que le temps m’a toujours manqué. Vous n’avez pas idée des scènes qui ont précédé le 13 Juin. La violence des montagnards dépassait tout ce qu’on peut imaginer. Je les ai pris corps à corps dans la personne de Ledru-Rollin, et c’est entre deux huissiers gardant la tribune que j’ai pu parler. Poussés au pied du mur dans l’Assemblée, ils ont le lendemain tenté leur folle insurrection, et ils se sont heureusement perdus. Aujourd’hui nous sommes certains (pour assez longtemps) de la tranquillité matérielle. Le désordre ne peut pas l’emporter sur la force. C’est une grande conquête; mais il faut assurer par les lois notre avenir. C’est là une besogne des plus difficiles et des plus épineuses. Notre Constitution est absurde, nos lois électorales désastreuses; heureusement nous avons une bonne et sage majorité, qui est disposée à se très-bien conduire. Il y a donc des moyens de salut à travers beaucoup de chances de pertes. En définitive, nous avons beaucoup gagné, et je crois que d’ici à quelque temps nous n’agiterons plus l’Europe. C’est quelque chose de pouvoir dire d’un malade qui vous est cher, qu’il y a chez lui un mieux sensible.

Parlons de nos projets.

Malgré ce scélérat, ce montagnard, ce jésuite, ce rouge de Panizzi, nous voulons partir en Juillet et être à Londres du 15 au 20. Nous y passerons deux ou trois jours, après quoi nous partirons pour l’Ecosse. Notre motif c’est de ne pas avoir la pluie, qui est odieuse partout, mais surtout dans le Nord. Nous voulons voyager très-simplement, pour ne pas épuiser notre bourse modeste; mais cependant, ces dames ne peuvent se passer de deux femmes de chambre, et moi d’un valet de chambre: ce qui fait trois domestiques. Quant aux toilettes, le deuil nous dispense d’en porter beaucoup, sans quoi Mme. Thiers me donnerait des soucis à cet égard.

Mais il faut, que ce projet vous convienne et réponde à vos combinaisons personnelles. Si vous n’étiez pas disposé à alle, dans votre domaine d’Ecosse à cette époque, du 20 juillet au 10 août, il ne faudrait pas vous déranger et nous le dire franchement. Agissez avec nous en toute liberté. Il faut qu’il soit bien entendu que si vous ne pouvez pas aller dans votre cottage écossais, vous nous le disiez à l’avance, et que vous ne changiez pour nous aucun de vos projets.

Tout à vous de cœur.

A. Thiers.”

The remaining letters of Thiers to Panizzi, quoted below, are of less importance, and briefer than those which enter into their correspondence on the great Spanish question; they chiefly consist of miscellaneous matter, although politics have still a fair share of space. We propose to place before the reader merely those which touch upon personal and domestic relations:—

“Paris, Mai 1847.

“Mon cher Panizzi, dites-moi si vous pourriez vous charger de la commission suivante.

On va vendre à Londres, en vente publique, une collection d’une vingtaine de tableaux, fort beaux, et recueillis en Italie par un Anglais trés bon connaisseur