[L]. Count Pietro di Santa Rosa, Statesman.
Dans la même session le Ministre Azeglio faisait sanctionner la réforme du tarif postal, au moyen de laquelle le système de la taxe unique a été substitué en Piémont, comme il l’avait été en Angleterre, aux droits progressifs en raison de la distance....
Aucune des industries qu’on disait devoir être frappées de mort par la concurrence étrangère n’a succombé. Quelques unes ont éprouvé un peu de gêne, des difficultés plus ou moins grandes dans leurs opérations. D’autres au contraire n’ont jamais été dans un état plus prospère que depuis qu’elles ont cessé d’être énormément protégées.
Nous citerons surtout les filatures et les manufactures de coton. Les fileurs, qui un moment s’étaient crûs ruinés, ayant repris courage améliorèrent leurs modes de fabrication, perfectionnèrent leurs machines, et par là ils réussirent non seulement à soutenir sur nos propres marchés la concurrence anglaise, mais encore à la faire aux produits étrangers sur les marchés des pays voisins et notamment ceux des Duchés de Parme et de Modène.
L’état des importations des cotons en laine prouve que cette assertion est loin d’être exagérée:—
| En effet dans le dernier semestre de l’année 1851 nous avons importé, quintaux métriques de coton | 66,000 | |
| Nous en avions importés dans les six mois correspondants de 1850 | 17,000 | |
| Augmentation | Q. m | 49,000 |
| Dans le premier trimestre de cette année l’importation a été de | Q. m. | 26,000 |
| Elle avait été en 1851 | 9,000 | |
| Augmentation | Q. m. | 17,000 |
Ces chiffres nous paraissent d’une éloquence irrésistible. Ces résultats d’ailleurs n’ont rien d’étonnant, si l’on réfléchit que nos industriels tirant la matière première directement de l’Amérique, elle ne leur revient pas plus chère qu’aux Anglais, grâce aux bas prix auxquels naviguent les marins Sardes; que la main d’œuvre est meilleur marché qu’à Manchester, et enfin que la force motrice qu’ils employent leur est fournie gratuitement par la nature. Avec ces éléments de prospérité, il n’est pas douteux que l’industrie du coton est appelée à prendre en Sardaigne un immense développement, et à être une des sources principales de la richesse du pays.
L’industrie des laines a été plus ébranlée que celle du coton. Peut-être parce qu’ayant été plus protégée, elle était relativement à celle-ci dans un état plus arriéré. Cependant elle ne présente aucun signe de décadence: au contraire, à en juger par le nombre et la perfection des machines que depuis quelques mois les principaux fabricants tirent de l’étranger, il est à croire que bientôt elle sera en mesure de lutter à l’intérieur et à l’extérieur avec les tissus de la France et de la Belgique.
L’industrie des fers n’a pas ralenti sa production; ayant amélioré ses produits, elle n’a pas dû consentir à une grande baisse de prix. Nous ne pouvons pas nous dissimuler toutefois qu’étant forcée à employer pour la production du fer le charbon de bois, cette industrie n’est pas susceptible de grands développements; mais qu’au contraire elle est condamnée à se restreindre à la production des fers de qualités supérieures à laquelle les minerais des Alpes sont singulièrement aptes.
Quant aux industries secondaires plus ou moins atteintes par la réforme, elles n’ont pas souffert notablement, et aucune d’elle n’a succombé jusqu’ici dans la lutte.