Les résultats financiers du nouveau système sont également satisfaisants. II suffit pour s’en convaincre de comparer le produit des douanes avant et après l’application du nouveau tarrif[tarrif]:—
| Les douanes avaient donné dans les derniers six mois de 1850 un produit de | Fr. | 9,965,000 |
| Dans les six mois correspondants de 1851 | 9,485,000 | |
| Diminution | Fr. | 480,000 |
| Pendant les quatre premiers mois de cette année les douanes ont produit | Fr. | 6,355,000 |
| Pendant les quatre mois correspondants de l’année dernière | 5,450,000 | |
| Augmentation | Fr. | 905,000 |
Si on objectait que les produits de l’année dernière avaient été affectés par la perturbation causée par la discussion des traités et de la réforme douanière; la comparaison de 1852 avec les années 1850 et celles antécédentes, confirmerait nos assertions: en effet le produit des quatre premiers mois de 1852 dans les provinces continentales a donné Fr. 6,355,280
| Des quatre premiers de 1850 a donné | 6,274,687 |
| ” 1849 ” | 5,733,361 |
| ” 1848 ” | 4,603,929 |
| ” 1847 ” | 5,932,835 |
| Augmentation de 1852 comparé à 1850 | Fr. 80,593 |
| ” ” 1849 | 621,919 |
| ” ” 1848 | 1,751,351 |
| ” ” 1847 | 422,445 |
Ces chiffres prouvent à l’évidence que la réforme radicale opérée dans le tarif, loin de causer un préjudice au trésor, lui a été singulièrement avantageuse; qu’en définitive elle a augmenté les recettes de l’Etat, tout en procurant un énorme soulagement aux contribuables.
Ce que les contribuables ont gagné ne peut pas être évalué à moins de 7 ou 8 millions par an. En effet si les anciens tarifs étaient encore en vigueur, les importations effectuées dans les derniers 12 mois, auraient dû supporter une surtaxe équivalente à la somme susindiquée.
Si le trésor malgré ce bénéfice réalisé par les contribuables n’a pas perdu, c’est que la quantité des objets soumis aux droits a énormément augmenté.
Il ne faut pas croire toutefois que la consommation se soit accrue dans la proportion des chiffres que nous venons de citer. L’augmentation des recettes de la douane est due en grande partie à la diminution de la contrebande qui a presque entièrement cessé, tandis que par le passé elle s’opérait sur une immense échelle.
L’étendue des frontières des Etats Sardes par rapport à la surface de son territoire; la facilité qu’offre au commerce illicite la plupart des lignes qui les séparent des pays étrangers, faisaient que sous l’appâts de droits très élevés, la contrebande avait pris un énorme développement. Le Ministre des Finances dans la discussion des traités avait évalué l’importance des marchandises importées en fraude au tiers des importations totales; l’expérience est venue confirmer cette assertion qui ne reposait que sur des données approximatives.
La cessation presque complète de la contrebande ne sera certainement pas estimée par tous les hommes qui pensent que les intérêts moraux des populations ne sent pas moins sacrés que leurs intérêts matériels, comme un des moindres bienfaits de la grande réforme que le Piémont a accomplie à l’instar de la Grande Bretagne.