Malgré ces réductions, les droits étaient encore hautement protecteurs, surtout par rapport aux vins communs. En effet les vins du Languedoc ne pouvant être évalués à plus de 10 francs l’hectolitre, il s’en suit qu’ils avaient à payer, pour pénétrer en Piémont, un droit du cent pour cent sur la valeur.

La réduction du droit sur les vins présentait toutefois de sérieuses difficultés. La plupart des provinces du Continent et de la Sardaigne étant couvertes de vignobles, il était à craindre qu’une réforme un peu hardie ne soulevat parmi les producteurs et par contre-coup dans le Parlement, une opposition difficile à vaincre.

Pour arriver plus facilement à son but, le Ministère se décida à faire de la réduction des droits sur les vins et les eaux-de-vie l’objet de négociations avec la France, afin d’en obtenir en retour une diminution des droits qui pèsent sur deux de nos principaux articles d’exportation—les huiles et les bestiaux. Dans ce but un nouveau traité fut signé avec la France, qui parmi les concessions réciproques qu’il stipulait, réduisait les divers droits sur les vins au droit uniforme de 3,30 par hectolitre; et ceux sur les eaux-de-vie

à 5, 50 de 22 degrés et au dessous,

à 10 — de degré supérieur.

Lorsque le traité fut connu, une vive émotion se manifesta parmi les propriétaires de vignobles. Toutefois cette émotion n’eut pas de suite dans les provinces du Piémont; elle ne prit pas de couleur politique et elle ne tarda pas à se calmer. Le parti libéral avait trop ouvertement prôné les théories du libre échange, pour pouvoir embrasser la cause des producteurs de vins: et quant au parti rétrograde, il est trop faible pour exercer une influence sérieuse sur le public ou sur les masses.

Il n’en fut pas de même en Savoie. Quoique prise dans son ensemble, cette partie des Etats Sardes ne produise pas le vin qui est nécessaire à sa consommation, la province de Chambéry possède une grande quantité de vignobles, et les propriétaires de vignes y exercent une influence considérable. Il était naturel par conséquent qu’il ne fissent créer dans la capitale de la Savoie une agitation très-vive. Le parti rétrograde, qui est beaucoup plus nombreux et puissant dans cette ville que partout ailleurs, sut en profiter avec une extrême habilité il parvint à donner, à une question purement locale, le caractère d’une question nationale pour la Savoie.

La Savoie compte bien plusieurs députés libéraux; mais malheureusement ils étaient en congé lorsque le traité fut présenté à la Chambre; de sorte qu’au premier abord la Députation Savoisienne parut unanime pour repousser le traité.

Plus tard, il est vrai, cet état fâcheux se modifia. Plusieurs Députés s’empressèrent de quitter leurs montagnes pour venir protester contre les doctrines illibérales de leurs collègues. Néanmoins ils ne parvinrent pas à détruire l’impression produite par ceux-ci, et il était facile à reconnaître que le principal obstacle que rencontrerait le traité dans les Chambres, viendrait de l’opinion que la Savoie lui était en grande majorité hostile.

C’est pourquoi, le Ministre des Finances, dans le discours prononcé a cette occasion, s’est attaché à traiter la question spécialement du point de vue savoyard.