Ce texte est approuvé par les Plénipotentiaires, à l'exception du Représentant de Sa Majesté Chérifienne, qui ne peut que s'engager à porter à la connaissance de son Souverain les vœux que les Plénipotentiaires viennent d'exprimer au nom de leurs Gouvernements respectifs.
Cid Mohammed Vargas croit cependant devoir rappeler qu'au Maroc les Musulmans, les Chrétiens, et les Juifs suivent leur religion, sans qu'il y soit mis d'empêchement ni d'obstacle.
Le Plénipotentiaire du Maroc n'a pas d'instructions de son Souverain qui lui permettent de traiter cette question ou toute autre qui, comme elle, ne se rattacherait pas directement à l'objet de sa mission à Madrid. Néanmoins, en vue de l'Adresse que vient d'adopter la Conférence, il croit devoir lui communiquer une lettre qu'il a reçu de Sa Majesté le Sultan Muley-el-Hassan, et qui a trait aux Juifs ses sujets. Il en donne lecture en ces termes:—
"Louange à Dieu unique! Que la bénédiction de Dieu soit sur Mahomet, notre Seigneur et Maître, sur sa famille, et ses compagnons!
"A notre estimé serviteur, le Taleb Mohammed Vargas. Que Dieu te soit propice, et que la paix soit sur toi, ainsi que la bénédiction de Dieu Très Haut et sa miséricorde.
"Et puis:—
"Il est parvenu à notre connaissance que certains Juifs de nos sujets se sont plaints à plusieurs reprises à leurs frères résidant en Europe et aux Représentants étrangers à Tanger, de ce qu'ils ne parviennent pas à obtenir justice dans leurs réclamations relatives à meurtres, vols, &c. Ils prétendent que les Gouverneurs montrent de l'indifférence à leur faire avoir satisfaction des personnes qui les attaquent, et que leurs demandes n'arrivent jamais à notre Majesté Chérifienne, si ce n'est par l'entremise de personnes (les Juifs résidant en Europe et les Représentants étrangers).
"Notre volonté Chérifienne est qu'ils obtiennent justice sans l'intervention des Puissances ni des Représentants, parce qu'ils sont nos sujets et nos tributaires, ayant par là les mêmes droits que les Musulmans devant nous, et tous abus contre eux étant défendu par notre religion.
"C'est pourquoi nous t'ordonnons d'accepter la réclamation de tout Juif qui se plaindra de ne pas obtenir justice d'un Gouverneur, et de nous en donner connaissance lorsque tu ne trouveras pas le moyen d'y faire droit.
"Nous avons envoyé des ordres en ce sens aux Gouverneurs des villes, des ports, et de la campagne, afin qu'ils en donnent connaissance aux Juifs, et en même temps nous les avons prévenus que si quelqu'un d'eux s'oppose ou met des difficultés à ce que la plainte d'un Juif parvienne à toi, nous le punirons très sévèrement.