Ainsi, par-dessus les Océans, une même pensée nous unit. Les États-Unis élèvent un monument à un Français. La France vous envoie, par nous, son tribut de gratitude: une fois de plus les deux grandes démocraties pensent et agissent à l’unisson.
Je ne veux pas tenter ici un parallèle presque impossible entre les deux Républiques, l’une vaste, puissante, jeune, pleine d’élan et de grandeur, l’autre plus à l’étroit sur son territoire resserré dans la vieille Europe, mais elle aussi, active et toujours jeune, éprise d’action, amante de la beauté, apportant à la réalisation de son idéal la plus noble culture peut-être qu’il y ait au monde, puisqu’elle remonte à deux mille ans en arrière aux temps où César conquit la Gaule et où le Christ naquit. Ce qui caractérise toutefois les relations toujours cordiales et toujours fidèles de ces deux pays, c’est que, se développant parallèlement, ils ne se heurtent nulle part. Je crois exprimer un fait réel, à la fois très simple et très fort, en disant, qu’entre la France et les États-Unis d’Amérique, il y a plus d’aptitude à se connaître et à se comprendre qu’entre deux autres pays du monde, quels qu’ils soient.
Et, si l’on me demande pourquoi, je répondrai en employant la formule d’une des proclamations de la Nouvelle-Angleterre, avant la guerre de l’Indépendance, parce que ce sont deux pays “où l’on ne connaît ni suzerains, ni seigneurs, ni princes, mais seulement le peuple.”
Tout donc porte les deux Républiques à l’entente et à l’union: des souvenirs communs, un objectif pareil, une conception semblable de la vie publique. La République américaine et la République française sont les deux filles aînées de la liberté. 1787, l’année de la Constitution américaine et 1789, l’année qui inaugure l’ère moderne en France, ce sont deux grandes dates de nos histoires, et deux grandes dates de l’histoire du monde.
Avec un point de départ presque simultané, les deux pays out suivi leurs voies diverses, l’un occupé à se saisir d’un territoire immense, pliant aux nécessités de cette vie énorme et dispersée ses institutions à la fois fédéralistes et unitaires, ouvrant au vieux monde un asile tutélaire et développant sur son sol, grâce à cet afflux permanent du trop plein des forces humaines, une civilisation qui est l’héritière de toutes les civilisations; l’autre plus unitaire et plus centralisé; plus ramassé et plus fondu, plus traditionnel, mais plus alourdi par le poids du passé, travaillant à faire entrer, dans ses vieux cadres historiques, les puissances d’énergie que la vie moderne exige des sociétés qui veulent garder leur place et leur rang dans la grande famille humaine.
Après cent ans de cet effort parallèle, les voici donc qui apparaissent toutes deux en pleine possession de leur valeur, et avec la conscience de ce qu’elles sont et de ce qu’elles doivent être. N’est-ce pas le moment pour elles deux de se considérer mutuellement et de s’apercevoir, une fois pour toutes, que dans cette marche parallèle, elles se complètent souvent et ne se contrarient jamais?
Puisque je parle ici devant les représentants les plus autorisés du commerce américain, il me paraît facile de prendre le commerce en exemple.
Le commerce est entre les peuples le premier et le plus indispensable des biens. Qui dit commerce dit bon vouloir réciproque, confiance mutuelle et paix. Il est incontestable, qu’à l’origine de toutes les civilisations se trouve le commerce, et quand les premiers navigateurs européens, à commencer par le plus grand de tous, Christophe Colomb,—ont été vers l’Occident à la recherche des terres nouvelles, que prétendaient-ils, sinon trouver des chemins et des débouchés nouveaux? C’est du commerce qu’on peut dire avec raison “Mens agitat molem.”
Or, précisément, dans le commerce franco-américain, une heureuse entente de nos intérêts réciproques nous conduit à cette conviction que, là aussi, bien peu de choses nous séparent, tandis que beaucoup nous rapprochent. L’Amérique produit en abondance des matières premières dont notre industrie a besoin; la France produit des substances alimentaires, et des articles où se distingue spécialement le goût français, et dont le luxe croissant des Amériques aura sans doute toujours besoin. Sur ces bases, les conditions d’une harmonie bien équilibrée peuvent sans trop de difficultés se dégager. Aussi voyons nous que la France est de toutes les nations de l’Europe (l’Angleterre exceptée), celle qui fait le plus d’affaires avec les États-Unis proportionnellement au chiffre de sa population et à l’étendue de son territoire, confirmant ainsi l’observation que je faisais tout à l’heure, à savoir que les lois de l’histoire doivent combiner nos efforts, et que, seule, une erreur inexcusable pourrait les séparer.
C’est pour étendre et appliquer cette opinion,—j’irai jusqu’à dire cette doctrine,—que le comité France-Amérique s’est fondé à Paris, et qu’il est venu devant vous pour travailler au développement des bonnes relations si heureusement existantes entre les deux pays. Dans tous les ordres de manifestations cordiales, on nous trouve et on nous trouvera. C’est là notre rôle et nous le revendiquons hautement.