—Qu'as-tu fait? s'écria-t-elle.
—Justice.
—Où est-il?
—Dans le ravin. Je vais l'enterrer. Il est mort en chrétien; je lui ferai chanter une messe. Qu'on dise à mon gendre Tiodoro Bianchi de venir demeurer avec nous.
L'ENLÈVEMENT DE LA REDOUTE
Un militaire de mes amis, qui est mort de la fièvre en Grèce il y a quelques années, me conta un jour la première affaire à laquelle il avait assisté. Son récit me frappa tellement, que je l'écrivis de mémoire aussitôt que j'en eus le loisir. Le voici:
—Je rejoignis le régiment le 4 septembre au soir. Je trouvai le colonel au bivac. Il me reçut d'abord assez brusquement; mais, après avoir lu la lettre de recommandation du général B***, il changea de manières, et m'adressa quelques paroles obligeantes.
Je fus présenté par lui à mon capitaine, qui revenait à l'instant même d'une reconnaissance. Ce capitaine, que je n'eus guère le temps de connaître, était un grand homme brun, d'une physionomie dure et repoussante. Il avait été simple soldat, et avait gagné ses épaulettes et sa croix[1] sur les champs de bataille. Sa voix, qui était enrouée et faible, contrastait singulièrement avec sa stature presque gigantesque. On me dit qu'il devait cette voix étrange à une balle qui l'avait percé de part en part à la bataille d'Iéna[2].
[Footnote 1: croix. The cross of the Legion of Honor, an order established by Napoleon in 1802 and which still exists. Instead of the cross itself, the red ribbon by which it is attached is commonly worn.]
[Footnote 2: *bataille d'Iéna*. A victory was gained at Jena, which is situated on the river Saale, 45 miles southwest of Leipzic, by the French (numbering 100000) under Napoleon over the Prussians and Saxons (numbering 60000) under Prince Hohenlohe, Oct. 14, 1806.]