J'allaià Dymodique, bonne ville, fermée d'une double enceinte de murailles. Elle est fortifiée d'un côté par une rivière, et de l'autre par un grand et fort château construit sur une hauteur presque ronde, et qui, dans son circuit, peut bien renfermer trois cents maisons. Le château a un donjon où le Turc, m'a-t-on dit, tient son trésor.

De Dymodique je me rendis à Ypsala, assez grande ville, mais totalement détruite, et où je passai la Marisce une seconde fois. [Footnote: Ici le copiste écrit la Maresce, plus haut il avoit mis Maresche, et plus haut encore Marisce. Ces variations d'orthographe sont infiniment communes dans nos manuscrits, et souvent d'une phrase à l'autre. J'en ai fait la remarque dans mon discours préliminaire.] Elle est à deux journées d'Andrinople. Le pays, dans tout cet espace, est marécageux et difficile pour les chevaux.

Ayne, au-delà d'Ypsala, est sur la mer, à l'embouchure de la Marisce, qui a bien en cet endroit deux milles de large. Au temps de Troye-la-Grant, ce fut une puissante cité, qui avoit son roi: maintenant elle a pour seigneur le frère du seigneur de Matelin, qui est tributaire du Turc.

Sur une butte ronde on y voit un tombeau qu'on dit être celui de Polydore, le plus jeune des fils de Priam. Le père, pendant le siège de Troie, avoit envoyé son fils au roi d'Ayne, avec de grands trésors; mais, après la destruction de la ville, le roi, tant par crainte des Grecs que par convoitise des trésors, fit mourir le jeune prince.

A Ayne je passai la Marisce sur un gros bâtiment, et me rendis à Macry, autre ville maritime à l'occident de la première, et habitée de Turcs et de Grecs. Elle est près de l'ile de Samandra, qui appartient au seigneur d'Ayne, et elle paroit avoir été autrefois très-considérable; maintenant tout y est en ruines, à l'exception d'une partie du château.

Caumissin, qu'on trouve ensuite après avoir traversé une montagne, a de bons murs, qui la rendent assez forte, quoique petite. Elle est sur un ruisseau, en beau et plat pays, fermé par d'autres montagnes à l'occident, et ce pays s'étend, dans un espace de cinq à six journées, jusqu'à Lessère.

Missy fut également et forte et bien close: mais une partie de ses murs sont abattus; tout y a été détruit, et elle n'a point d'habitans.

Péritoq, ville ancienne et autrefois considérable, est sur un golfe qui s'avance dans les terres d'environ quarante milles, et qui part de Monte-Santo, où sont tant de caloyers. Elle a des Grecs pour habitans, et pour défense de bonnes murailles, qui cependant sont entamées par de grandes brêches. De là, pour aller à Lessère, le chemin est une grande plaine. C'est près de Lessère, dit-on, que se livra la grande bataille de Thessale (de Pharsale).

Je n'allai point jusqu'à cette dernière ville. Instruits que le Turc étoit en route, nous l'attendîmes à Yamgbatsar, village construit par ses sujets. Il n'arriva que le troisième jour. Son escorte, quand il marchoit, étoit de quatre à cinq cents chevaux; mais comme il aimoit passionnément la chasse au vol, la plus grande partie de cette troupe étoit composée de fauconniers et d'ostriciers (autoursiers), gens dont il faisoit un grand cas, et dont il entretenoit, me dit-on, plus de deux mille. Avec ce goût il ne faisoit que de petites journées, et ses marches n'étoient pour lui qu'un objet d'amusement et de plaisir.

Il entra dans Yamgbatsar avec de la pluie, n'ayant pour cortége qu'une cinquantaine de cavaliers avec douze archers, ses esclaves, qui marchoient à pied devant lui. Son habillement étoit une robe de velours cramoisi, fourrée de martre zibeline, et sur la tête il portoit, comme les Turcs, un chapeau rouge; mais, pour se garantir de la pluie, par-dessus sa robe il en avoit mis une autre de velours, en guise de manteau, selon la mode du pays.