[127] “Puisque le concours des trois éducations est nécessaire à leur perfection, c’est sur celle à laquelle nous ne pouvons rien qu’il faut diriger les deux autres.” Ém. j., 7.
[128] “Vivre ce n’est pas respirer, c’est agir; c’est faire usage de nos organes, de nos sens, de nos facultés, de toutes les parties de nous-mêmes qui nous donnent le sentiment de notre existence. L’homme qui a le plus vécu n’est pas celui qui a compté le plus d’années, mais celui qui a le plus senti la vie.” Ém. j., 13.
[129] “On ne connaît point l’enfance: sur les fausses idées qu’on en a, plus on va, plus on s’égare. Les plus sages s’attachent à ce qu’il importe aux hommes de savoir, sans considérer ce que les enfants sont en état d’apprendre. Ils cherchent toujours l’homme dans l’enfant, sans penser à ce qu’il est avant que d’être homme. Voilà l’êtude à laquelle je me suis le plus appliqué, afin que, quand toute ma méthode serait chimérique et fausse, on pût toujours profiter de mes observations. Je puis avoir très-mal vu ce qu’il faut faire; mais je crois avoir bien vu le sujet sur lequel on doit opérer. Commencez donc par mieux étudier vos élèves; car très-assurément vous ne les connaissez point.”
[130] “La nature veut que les enfants soient enfants avant que d’être hommes. Si nous voulons pervertir cet ordre, nous produirons des fruits précoces qui n’auront ni maturité ni saveur, et ne tarderont pas à se corrompre: nous aurons de jeunes docteurs et de vieux enfants. L’enfance a des manières de voir, de penser, de sentir, qui lui sont propres; rien n’est moins sensé que d’y vouloir substituer les nôtres.” Ém. ij., 75; also in N. H., 478.
[131] “Nous ne savons jamais nous mettre à la place des enfants; nous n’entrons pas dans leurs idées, nous leur prêtons les nôtres; et, suivant toujours nos propres raisonnements, avec des chaînes de vérités nous n’entassons qu’extravagances et qu’erreurs dans leur tête.” Ém. iij., 185.
[132] “Je voudrais qu’un homme judicieux nous donnât un traité de l’art d’observer les enfants. Cet art serait très-important à connaître: les pères et les maîtres n’en ont pas encore les éléments.” Ém. iij., 224.
[133] Rousseau says: “Full of what is going on in your own head, you do not see the effect you produce in their head: Pleins de ce qui se passe dans votre tête vous ne voyez pas l’effet que vous produisez dans la leur.” (Ém. lib. ij., 83.)
[134] “Or, toutes les études forcées de ces pauvres infortunés tendent à ces objets entièrement étrangers à leurs esprits. Qu’on juge de l’attention qu’ils y peuvent donner. Les pédagogues qui nous étalent en grand appareil les instructions qu’ils donnent à leurs disciples sont payés pour tenir un autre langage: cependant on voit, par leur propre conduite, qu’ils pensent exactement comme moi. Car que leur apprennent-ils enfin? Des mots, encore des mots, et toujours des mots. Parmi les diverses sciences qu’ils se vantent de leur enseigner, ils se gardent bien de choisir celles qui leur seraient véritablement utiles, parce que ce seraient des sciences de choses, et qu’ils n’y réussiraient pas; mais celles qu’on paraît savoir quand on en sait les termes, le blason, la géographie, la chronologie, les langues, etc.; toutes études si loin de l’homme, et surtout de l’enfant, que c’est une merveille si rien de tout cela lui peut être utile une seule fois en sa vie.” Ém. ij., 100.
[135] “En quelque étude que ce puisse être, sans l’idée des choses représentées, les signes représentants ne sont rien. On borne pourtant toujours l’enfant à ces signes, sans jamais pouvoir lui faire comprendre aucune des choses qu’ils représentent.” Ém. ij., 102.
[136] “Non, si la nature donne au cerveau d’un enfant cette souplesse qui le rend propre à recevoir toutes sortes d’impressions, ce n’est pas pour qu’on y grave des noms de rois, des dates, des termes de blason, de sphère, de géographie, et tous ces mots sans aucun sens pour son âge et sans aucune utilité pour quelque âge que ce soit, dont on accable sa triste et stérile enfance; mais c’est pour que toutes les idées qu’il peut concevoir et qui lui sont utiles, toutes celles qui se rapportent à son bonheur et doivent l’éclairer un jour sur ses devoirs, s’y tracent de bonne heure en caractères ineffaçables, et lui servent à se conduire pendant sa vie d’une manière convenable à son être et à ses facultés.” Ém. ij., 105; also N. H., P. v., L. 3.