Une remarque préliminaire s’impose sur les conditions dans lesquelles le voyage du Consul s’est effectué.
Qu’il l’ait voulu ou non, M. le Consul Britannique a apparu aux populations comme le redresseur des griefs, réels ou imaginaires, des indigènes, et sa présence à La Lulonga, coïncidant avec la campagne menée contre l’État du Congo, en une région où s’exerce depuis longtemps l’influence des missionnaires Protestants, devait fatalement avoir pour les indigènes une signification qui ne leur à pas échappé. C’est en dehors des agents de l’État, en dehors de toute action ou de tout concours de l’autorité régulière que le Consul a fait ses investigations; c’est assisté par des missionnaires Protestants Anglais qu’il a procédé; c’est sur un vapeur d’une Mission Protestante qu’il a fait son inspection; c’est dans les Missions Protestantes qu’il a généralement reçu l’hospitalité; dans ces conditions, il a dû inévitablement être considéré par l’indigène comme l’antagoniste de l’autorité établie.
Nous n’en voulons d’autre preuve que le fait caractéristique d’indigènes, pendant le séjour du Consul à Bonginda, s’attroupant à la rive, au passage en pirogue d’agents de la Société “La Lulonga” et s’écriant:—
“Votre violence est finie, elle s’en va; les Anglais seuls restent; mourez vous autres!”
Et cet aveu significatif d’un missionnaire Protestant qui, à propos de ce fait, explique:—
“The Consul was here at the time, and the people were much excited, and evidently thought themselves on top.... The people have got this idea (that the rubber work was finished) into their heads of themselves, consequent, I suppose, upon the Consul’s visit.”
Dans ces circonstances, en raison de l’état d’esprit qu’elles révèlent chez les indigènes, en raison de leur caractère impressionnable et de leur désir naturel de se soustraire à la charge de l’impôt, il n’était pas douteux que les conclusions auxquelles arriverait le Consul ne seraient pas autres que celles de son Rapport.
Il suffira, pour mettre ce point en évidence et pour caractériser le manque de valeur de ses investigations, de s’arrêter à un seul cas, celui sur lequel s’est porté tout l’effort de Mr. Casement, nous voulons parler de l’affaire Epondo. C’est celle de l’enfant II dont le Rapport parle aux pages 56, 58, et 78.
Il est indispensable d’entrer un peu longuement dans les détails de cette affaire, qui sont significatifs.
Le Consul se trouvait, à la date du 4 Septembre, 1903, à la Mission de la “Congo Bololo Mission,” à Bonginda, de retour d’un voyage dans la Rivière Lopori, au cours duquel il n’avait constaté aucun de ces actes de mutilation qu’il est d’usage de mettre à la charge des agents au Congo.