Si nous avons insisté sur les détails de cette affaire, c’est qu’elle est considérée par le Consul lui-même comme d’une importance capitale et qu’il se base sur ce seul cas pour conclure à l’exactitude de toutes les autres déclarations d’indigènes qu’il a recueillies.

“Dans le seul cas sur lequel j’ai pu enquêter personnellement, dit-il[34]—celui de l’enfant II—j’ai trouvé cette accusation établie sur les lieux, sans apparemment une ombre de doute quant à la culpabilité de la sentinelle accusée.”

Et plus loin:—

“Dans le village de R*, j’ai eu seulement le temps de faire enquête sur l’accusation faite par II.”[35]

Et ailleurs:—

“Il était évidemment impossible que je puisse ... vérifier sur place, comme dans le cas de l’enfant, les déclarations que me firent les indigènes. Dans ce seul cas, la vérité des accusations fut amplement démontrée.”[36]

C’est aussi à propos de cette affaire que, dans sa lettre du 12 Septembre, 1903, au Gouverneur-Général, il disait:—

“When speaking to M. le Commandant Stevens at Coquilhatville on the 10th instant, when the mutilated boy Epondo stood before us as evidence of the deplorable state of affairs I reprobated, I said: ‘I do not accuse an individual, I accuse a system.’ ”

La réflexion s’impose que si les autres informations du Rapport du Consul ont toutes la même valeur que celles qui lui ont été fournies dans cette seule espèce, elles ne peuvent, à aucun degré, être considérées comme probantes. Et il saute aux yeux que dans les autres cas où le Consul, de sa propre déclaration, ne s’est livré à aucune vérification des affirmations des indigènes, ces affirmations ont moins de poids encore, si possible.

Il faut reconnaître, sans doute, que le Consul s’exposait délibérément à d’inévitables mécomptes, de par sa manière d’interroger les indigènes,—ce qu’il faisait, en effet, à l’aide de deux interprètes: “par l’intermédiaire de Vinda, parlant en Bobangi, et de Bateko, répétant ses paroles dans le dialecte local,”[37] de sorte que le Consul était à la merci non seulement de la sincérité de l’indigène interrogé, mais encore de la fidélité de traduction de deux autres indigènes, dont l’un, d’ailleurs, était un de ses serviteurs, et dont l’autre, semble-t-il, était l’interprète des missionnaires.[38] Quiconque s’est trouvé en contact avec l’indigène sait cependant son habitude du mensonge: le Révérend C. H. Harvey constatait:[39]