Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain:
Cueillez des aujourd'huy les rosés de la vie.
ÉLÉGIE
Quand je suis vingt ou trente mois
Sans retourner en Vendomois,
Plein de pensées vagabondes,
Plein d'un remors et d'un souci,
Aux rochers je me plains ainsi,
Aux bois, aux antres et aux ondes:
Rochers, bien que soyez agez
De trois mil ans, vous ne changez
Jamais ny d'estat ny de forme :
Mais toujours ma jeunesse fuit,
Et la vieillesse qui me suit
De jeune en vieillard me transforme.
Bois, bien que perdiez tous les ans
En hyver vos cheveux mouvans,
L'an d'après qui se renouvelle
Renouvelle aussi vostre chef.
Mais le mien ne peut de rechef
Ravoir sa perruque nouvelle.
Antres, je me suis vu chez vous
Avoir jadis verds les genous,
Le corps habile et la main bonne:
Mais ores j'ai le corps plus dur
Et les genous, que n'est le mur
Qui froidement vous environne.
Ondes, sans fin vous promenez
Et vous menez et ramenez
Vos flots d'un cours qui ne sejourne:
Et moy sans faire long sejour,
Je m'en vais de nuict et de jour
Au lieu d'où plus on ne retourne.
DIEU VOUS GARD
Dieu vous gard, messagers fidelles
Du printemps, vistes arondelles,
Huppes, coucous, rossignolets,
Tourtres, et vous oiseaux sauvages
Qui de cent sortes de ramages
Animez les bois verdelets!
Dieu vous gard, belles paquerettes.
Belles roses, belles fleurettes,
Et vous, boutons jadis cognus
Du sang d'Ajax et de Narcisse:
Et vous, thym, anis et melisse,
Vous soyez les bien revenus.