Dieu vous gard, troupe diaprée
De papillons, qui par la prée
Les douces herbes suçotez:
Et vous, nouvel essaim d'abeilles
Qui les fleurs jaunes et vermeilles
De vostre bouche baisotez!

Cent mille fois je resalue
Vostre belle et douce venue:
O que j'aime ceste saison
Et ce doux caquet des rivages,
Au prix des vents et des orages
Qui m'enfermoient en la maison.

A UN AUBESPIN

Bel aubespin verdissant,
Fleurissant
Le long de ce beau rivage,
Tu es vestu jusqu'au bas
Des longs bras
D'une lambrunche sauvage.

Deux camps de rouges fourmis
Se sont mis
En garnison sous ta souche:
Dans les pertuis de ton tronc
Tout du long
Les avettes ont leur couche.

Le chantre rossignolet
Nouvelet
Courtisant sa bien aimée,
Pour ses amours alleger
Vient loger
Tous les ans en ta ramée.

Sur ta cyme il fait son ny
Tout uny
De mousse et de fine soye
Où ses petits esclorront,
Qui seront
De mes mains la douce proye.

Or vy, gentil aubespin,
Vy sans fin,
Vy sans que jamais tonnerre
Ou la cognée ou les vents
Ou les temps
Te puissent ruer par terre.

ÉLÉGIE CONTRE LES BÛCHERONS DE LA FORÊT DE GASTINE

Escoute, bucheron, arreste un peu le bras:
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas;
Ne vois-tu pas le sang lequel degoute à force
Des nymphes qui vivoient dessous la dure escorce?
Sacrilege meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts et de detresses
Merites-tu, meschant, pour tuer nos deesses?