Nous autres nous crions: Salut à l'Infini!
Au grand Tout, à la fois idole, temple et prêtre,
Qui tient fatalement l'homme à la terre uni,
Et la terre au soleil, et chaque être à chaque être;
Il est tombé pour nous le rideau merveilleux
Où du vrai monde erraient les fausses apparences,
La science a vaincu l'imposture des yeux,
L'homme a répudié les vaines espérances;
Le ciel a fait l'aveu de son mensonge ancien,
Et depuis qu'on a mis ses piliers à l'épreuve,
Il apparaît plus stable affranchi de soutien,
Et l'univers entier vêt une beauté neuve.
A UN DÉSESPÈRE
Tu veux toi-même ouvrir ta tombe:
Tu dis que sous ta lourde croix
Ton énergie enfin succombe;
Tu souffres beaucoup, je te crois.
Le souci des choses divines
Que jamais tes yeux ne verront,
Tresse d'invisibles épines
Et les enfonce dans ton front.
Tu répands ton enthousiasme
Et tu partages ton manteau,
A ta vaillance le sarcasme
Attache un risible écriteau.
Tu demandes à l'âpre étude
Le secret du bonheur humain,
Et les clous de l'ingratitude
Te sont plantés dans chaque main.
Tu veux voler où vont tes rêves,
Et forcer l'infini jaloux,
Et tu te sens, quand tu t'enlèves,
Aux deux pieds d'invisibles clous.
Ta bouche abhorre le mensonge,
La poésie y fait son miel,
Tu sens d'une invisible éponge
Monter le vinaigre et le fiel.