Ton coeur timide aime en silence,
Il cherche un coeur sous la beauté,
Tu sens d'une invisible lance
Le fer froid percer ton côté.
Tu souffres d'un mal qui t'honore,
Mais vois tes mains, tes pieds, ton flanc:
Tu n'es pas un vrai Christ encore,
On n'a pas fait couler ton sang;
Tu n'as pas arrosé la terre
De la plus chaude des sueurs,
Tu n'es pas martyr volontaire,
Et c'est pour toi seul que tu meurs.
LES DANAÏDES
Toutes, portant l'amphore, une main sur la hanche,
Théano, Callidie, Amymone, Agavé,
Esclaves d'un labeur sans cesse inachevé,
Courent du puits à l'urne où l'eau vaine s'épanche.
Hélas! le grès rugueux meurtrit l'épaule blanche,
Et le bras faible est las du fardeau soulevé:
"Monstre, que nous avons nuit et jour abreuvé,
O gouffre, que nous veut ta soif que rien n'étanche?"
Elles tombent, le vide épouvante leurs coeurs;
Mais la plus jeune alors, moins triste que ses soeurs,
Chante, et leur rend la force et la persévérance.
Tels sont l'oeuvre et le sort de nos illusions:
Elles tombent toujours, et la jeune Espérance
Leur dit toujours: "Mes soeurs, si nous recommencions!"
UN SONGE
Le laboureur m'a dit en songe: "Fais ton pain,
Je ne te nourris plus, gratte la terre et sème."
Le tisserand m'a dit: "Fais tes habits toi-même."
Et le maçon m'a dit: "Prends ta truelle en main."