Et seul, abandonné de tout le genre humain
Dont je traînais partout l'implacable anathème,
Quand j'implorais du ciel une pitié suprême,
Je trouvais des lions debout dans mon chemin.

J'ouvris les yeux, doutant si l'aube était réelle:
De hardis compagnons sifflaient sur leur échelle,
Les métiers bourdonnaient, les champs étaient semés.

Je connus mon bonheur et qu'au monde où nous sommes
Nul ne peut se vanter de se passer des hommes;
Et depuis ce jour-là je les ai tous aimés.

LE RENDEZ-VOUS

Il est tard; l'astronome aux veilles obstinées,
Sur sa tour, dans le ciel où meurt le dernier bruit,
Cherche des îles d'or, et, le front dans la nuit,
Regarde à l'infini blanchir des matinées;

Les mondes fuient pareils à des graines vannées;
L'épais fourmillement des nébuleuses luit;
Mais, attentif à l'astre échevelé qu'il suit,
Il le somme, et lui dit: "Reviens dans mille années."

Et l'astre reviendra. D'un pas ni d'un instant
Il ne saurait frauder la science éternelle;
Des hommes passeront, l'humanité l'attend;

D'un oeil changeant, mais sûr, elle fait sentinelle;
Et, fût-elle abolie au temps de son retour,
Seule, la Vérité veillerait sur la tour.

LA VOIE LACTÉE

Aux étoiles j'ai dit un soir:
"Vous ne paraissez pas heureuses;
Vos lueurs, dans l'infini noir,
Ont des tendresses douloureuses;