Il a laissé, de peur d'encombrer sa cabine,
Ces gros livres poudreux dans leur oubli profond,
Et c'est lui qui tua d'un coup de carabine
Le monstrueux lézard qui s'étale au plafond.

Ces mille riens, décor naïf de la muraille,
Naguère il les a tous apportés de très loin.
Seule, comme un témoin inclément et qui raille,
Une carte navale est pendue en un coin;

Sur le tableau jaunâtre, entre ses noires tringles,
Les vents et les courants se croisent à l'envi;
Et la succession des petites épingles
N'a pas marqué longtemps le voyage suivi.

Elle conduit jusqu'à la ligne tropicale
Le navire vainqueur du flux et du reflux,
Puis cesse brusquement à la dernière escale,
Celle d'où le marin, hélas! n'écrivit plus.

Et ce point justement ou sa trace s'arrête
Est celui qu'un burin savant fit le plus noir:
C'est l'obscur rendez-vous des flots, où la tempête
Creuse un inexorable et profond entonnoir.

Mais elle ne voit pas le tableau redoutable
Et feuillette, l'esprit ailleurs, du bout des doigts,
Les planches d'un herbier éparses sur la table,
Fleurs pâles qu'il cueillit aux Indes autrefois.

Jusqu'au soir sa pensée extatique et sereine
Songe au chemin qu'il fait en mer pour revenir,
Ou parfois, évoquant des jours meilleurs, égrène
Le chapelet mystique et doux du souvenir;

Et, quand sur l'Océan la nuit met son mystère,
Calme et fermant les yeux, elle rêve du chant
Des matelots joyeux d'apercevoir la terre,
Et d'un navire d'or dans le soleil couchant.

CHANSON D'EXIL

Triste exilé, qu'il te souvienne
Combien l'avenir était beau,
Quand sa main tremblait dans la tienne
Comme un oiseau,