Blasphemant la terre et les cieux,
Mesmes je m'estois odieux,
Tant la fureur troubloit mon ame:
Et bien que mon sang amassé
Autour de mon coeur fust glacé,
Mes propos n'estoient que de flame.
Pensif, frenetique et resvant,
L'esprit troublé, la teste au vent,
L'oeil hagard, le visage blesme,
Tu me fis tous maux esprouver;
Et sans jamais me retrouver,
Je m'allois cherchant en moy-mesme.
Cependant lors que je voulois,
Par raison enfraindre tes loix,
Rendant ma flame refroidie,
Pleurant, j'accusay ma raison
Et trouvay que la guerison
Est pire que la maladie.
Un regret pensif et confus
D'avoir esté, et n'estre plus,
Rend mon ame aux douleurs ouverte;
A mes despens, las! je vois bien
Qu'un bonheur comme estoit le mien
Ne se cognoist que par la perte.
FRANÇOIS DE MALHERBE
CONSOLATION A MONSIEUR DU PÉRIER
Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,
Et les tristes discours
Que te met en l'esprit l'amitié paternelle
L'augmenteront toujours?
Le malheur de ta fille, au tombeau descendue
Par un commun trépas,
Est-ce quelque dédale où ta raison perdue
Ne se retrouve pas?
Je sais de quels appas son enfance était pleine,
Et n'ai pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mépris.
Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin;
Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin.