Et ce qui rend plus dure
La misere où je vy,
C'est, es maux que j'endure,
La mémoire de l'heur que le Ciel m'a ravi.
Felicité passée
Qui ne peux revenir:
Tourment de ma pensée,
Que n'ai-je en te perdant perdu le souvenir!
Helas! il ne me reste
De mes contentements
Qu'un souvenir funeste,
Qui me les convertit à toute heure en tourments.
Le sort plein d'injustice
M'ayant en fin rendu
Ce reste un pur supplice,
Je serois plus heureux si j'avois plus perdu.
MATHURIN RÉGNIER
ODE
Jamais ne pourray-je bannir
Hors de moy l'ingrat souvenir
De ma gloire si tost passée?
Toujours pour nourrir mon soucy.
Amour, cet enfant sans mercy,
L'offrira-t-il à ma pensée!
Tyran implacable des coeurs,
De combien d'ameres langueurs
As-tu touché ma fantaisie !
De quels maux m'as-tu tourmenté!
Et dans mon esprit agité
Que n'a point fait la jalousie !
Mes yeux, aux pleurs accoutumez,
Du sommeil n'estoient plus fermez;
Mon coeur fremissoit sous la peine:
A veu d'oeil mon teint jaunissoit;
Et ma bouche qui gemissoit,
De soupirs estoit toujours pleine.
Aux caprices abandonné,
J'errois d'un esprit forcené,
La raison cédant à la rage:
Mes sens, des desirs emportez,
Flottoient, confus, de tous costez,
Comme un vaisseau parmy l'orage.