D'une Beauté je prenais les couleurs.
Une baguette était mon cimeterre;
Puis je partais à la guerre des fleurs
Et des bourgeons dont je jonchais la terre.
Je possédais au vent libre des cieux
Un banc de mousse où s'élevait mon trône.
Je méprisais les rois ambitieux,
De rameaux verts j'avais fait ma couronne.
J'étais heureux et ravi. Mais un jour
Je vis venir une jeune compagne.
J'offris mon coeur, mon royaume et ma cour,
Et les châteaux que j'avais en Espagne.
Elle s'assit sous les marronniers verts;
Or, je crus voir, tant je la trouvais belle,
Dans ses yeux bleus comme un autre univers,
Et je restai tout songeur auprès d'elle.
Pourquoi laisser mon rêve et ma gaîté
En regardant cette fillette blonde?
Pourquoi Colomb fut-il si tourmenté
Quand, dans la brume, il entrevit un monde?
L'OISELEUR
L'Oiseleur Amour se promène
Lorsque les coteaux sont fleuris,
Fouillant les buissons et la plaine,
Et, chaque soir, sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu'il a pris.
Aussitôt que la nuit s'efface
Il vient, tend avec soin son fil,
Jette la glu de place en place,
Puis sème, pour cacher la trace,
Quelques grains d'avoine ou de mil.
Il s'embusque au coin d'une haie,
Se couche aux berges des ruisseaux,
Glisse en rampant sous la futaie,
De crainte que son pied n'effraie
Les rapides petits oiseaux.
Sous le muguet et la pervenche
L'enfant rusé cache ses rets,
Ou bien sous l'aubépine blanche
Où tombent, comme une avalanche,
Linots, pinsons, chardonnerets.