Parfois d'une souple baguette
D'osier vert ou de romarin
Il fait un piège, et puis il guette
Les petits oiseaux en goguette
Qui viennent becqueter son grain.
Étourdi, joyeux et rapide,
Bientôt approche un oiselet:
Il regarde d'un air candide,
S'enhardit, goûte au grain perfide,
Et se prend la patte au filet.
Et l'oiseleur Amour l'emmène
Loin des coteaux frais et fleuris,
Loin des buissons et de la plaine,
Et, chaque soir, sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu'il a pris.
PAUL BOURGET
PRAETERITA
Novembre approche,—et c'est le mois charmant
Où, devinant ton âme à ton sourire,
Je me suis pris à t'aimer vaguement,
Sans rien dire.
Novembre approche,—ah! nous étions enfants,
Mais notre amour fut beau comme un poème.
—Comme l'on fait des rêves triomphants
Lorsqu'on aime!—
Novembre approche,—assis au coin du feu,
Malade et seul, j'ai songé tout à l'heure
A cet hiver où je croyais en Dieu,
Et je pleure.
Novembre approche,—et c'est le mois béni
Où tous les morts ont des fleurs sur leur pierre,
Et moi je porte à mon rêve fini
Sa prière.