Ce livre est toute ma jeunesse.
C'est la mort qui console, hélas! et qui fait vivre.
C'est la saison des avalanches.
C'est le moment crépusculaire.
C'était un vieux logis, dans une étroite rue.
Combien j'ai douce souvenance.
Comme un agonisant caché, les lèvres blanches.
Comme un marin hardi que la cloche aux flancs lourds.
Comme un morne exilé, loin de ceux que j'aimais.
Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal.
Courage, ô faible enfant de qui ma solitude.
Couronnés de thym et de marjolaine.

Dans cette vie où nous ne sommes.
Dans l'alcôve sombre.
Dans le ciel clair rayé par l'hirondelle alerte.
Dans les nuits d'automne, errant par la ville.
Dans le vieux parc solitaire et glacé.
Dans l'interminable.De la dépouille de nos bois.
De la musique avant toute chose.
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne.
De ta tige détachée.
Deux ombres cheminaient dans une étroite allée.
Deux voix s'élèvent tour à tour.
Dictes-moy où, n'en quel pays.
Dieu fait triompher l'innocence.
Dieu ! qu'il la fait bon regarder.
Dieu vous gard, messagers fidelles.
Du temps que j'étais écolier.

Écoutez la chanson bien douce.
Elle était belle, si la nuit.
Elle était bien jolie, au matin, sans atours.
Enfants de la folie.
Enfants d'un jour, ô nouveau-nés.
Escoute, bûcheron, arreste un peu le bras.
Et j'ai dit dans mon coeur: "Que faire de la vie."

Fortune dont la main couronne.

Gloire au coeur téméraire épris de l'impossible.

Hé quoi! j'entends que l'on critique.
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage.
Hier il m'a semblé (sans doute j'étais ivre).
Homme, libre penseur! te crois-tu seul pensant.
Homme libre, toujours tu chériras la mer.

Ici-bas tous les lilas meurent.
Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver.
Il est tard; l'astronome aux veilles obstinées.
Il est un air pour qui je donnerais.
Il était un roi d'Yvetot.
Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses.
Il faut, voyez-vous, nous pardonner les choses.
Il gît au fond de quelque armoire.
Il jouait, le petit enfant.
Il pleure dans mon coeur.
Ils s'en vont, ces rois de ma vie.
Ils vont pieds nus le plus souvent. L'hiver.

J'ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs.
J'ai bon coeur, je ne veux à nul être aucun mal.
J'ai dans mon coeur un oiseau bleu.
J'ai deux grands boeufs dans mon étable.
J'ai longtemps habité sous de vastes portiques.
J'aimais froidement ma patrie.
J'aime le son du cor, le soir, au fond des bois.
J'ai perdu ma force et ma vie.
J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.
J'ai reposé mon coeur avec tranquillité.
J'ai révélé mon coeur au Dieu de l'innocence.
J'ai voulu ce matin te rapporter des roses.
J'ai voulu tout aimer, et je suis malheureux.
J'ai vu passer aux pays froids.
Jamais ne pourray-je bannir.
Je congnois bien mouches en laict.
Je ne devais pas vous le dire.
Je ne sais pourquoi.
J'entrais dans mes seize ans, léger de corps et d'âme.
Je sens un monde en moi de confuses pensées.
J'espérais bien pleurer, mais je croyais souffrir.
Je suis le Chaldéen par l'étoile conduit.
Je t'aime, en attendant mon éternelle épouse.
J'étais enfant. J'aimais les grands combats.
J'étais seul près des flots, par une nuit d'étoiles.
Jeté par le hasard sur un vieux globe infime.
Jeune homme, qui me viens lire tes plaintes vaines.
Jeune homme sans mélancolie.
Je viens de faire un grand voyage.
Je vois un groupe sur la mer.

Là-bas, sous les arbres, s'abrite.
Là-bas, sur la mer, comme l'hirondelle.
La caravane humaine au Sahara du monde.
Laissez-moy penser à mon aise.
La lune blanche.
La lune est grande, le ciel clair.
L'âpre rugissement de la mer pleine d'ombre.
La tombe dit à la rose.
L'aube naît et ta porte est close.
La victoire en chantant nous ouvre la barrière.
L'eau dans les grands lacs bleus.
L'ecclésiaste a dit : Un chien vivant vaut mieux.
Le choc avait été très rude. Les tribuns.
Le ciel est noir, la terre est blanche.
Le ciel est, par-dessus le toit.
Le fantôme est venu de la trentième année.
Le frais matin dorait de sa clarté première.
Le grand soleil, plongé dans un royal ennui.
Le jour tombait, une pâle nuée.
Le laboureur m'a dit en songe: "Fais ton pain."
L'épi naissant mûrit de la faux respecté.
Le présent se fait vide et triste.
Le sable rouge est comme une mer sans limites.
Les champs n'étaient pas noirs, les cieux n'étaient pas mornes.
Les cieux inexorables.
Les deux soeurs étaient là, les bras entrelacés.
Les fourriers d'Esté sont venus.
Les genêts, doucement balancés par la brise.
Le soir ramène le silence.
L'esprit calme des dieux habite dans les plantes.
L'été, lorsque le jour a fui, de fleurs couvert.
Le temps a laissiè son manteau.
Le vase où meurt cette vervaine.
Le village s'éveille à la corne du pâtre.
L'homme a, pour payer sa rançon.
L'oiseleur Amour se promène.
Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille.

Ma belle amie est morte.
Marchez! l'humanité ne vit pas d'une idée.
Mes volages humeurs, plus sterilles que belles
Midi, roi des étés, épandu sur la plaine.
Mieux que l'aigle chasseur, familier de la nue.
Mignonne, allons voir si la rose.
Mon âme a son secret, ma vie a son mystère.
Mon coeur, lassé de tout, même de l'espérance.
Monte, écureuil, monte au grand chêne.
Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte.
Mort, j'appelle de ta rigueur.
Murs, ville.