Au mois de Septembre 1843, mon ami, M. le comte Van der Vrecken, qui pendant l’été avait fait un voyage à Rome, m’apprit, dans une conversation particulière, que mes ouvrages étaient déférés à la S. Congrégation de l’Index. Craignant que mes principes n’eussent été mal exposés, je fis des démarches pour obtenir que les chefs
d’accusation me fussent communiqués et qu’ainsi je pusse fournir des explications. Deux mois plus tard, je reçus de la part du secrétaire d’Etat, S. Em. le cardinal Lambruschini, par l’intermédiaire de Son Excellence le Nonce apostolique et Votre Eminence Révérendissime, les cinq propositions contenues dans le décret du 23 juin 1843.
La pièce qui me fut communiquée ne renfermait point les mots: “Observationes S. Indicis Congregationis diei 23 junii 1843. Rev. D. Ubaghs in sua Theodicea, et interdum etiam in Logica, subsequentes propositiones docet, quas S. Congregatio Indici praeposita emendandas esse judicat”. Elle ne contenait pas non plus les mots suivants: “Hae sunt praecipuae sententiae quae in praedicto libro corrigendae videntur. Monet igitur S. Congregatio Rev. Auctorem, ut nova aliqua editione librum suum emendandum curet, atque interim in scholasticis suis lectionibus ab iis sententiis dicendis abstinere velit”. La pièce qui me fut remise porte simplement: “Docet auctor in Theodicea et interdum etiam in Logica seqq. propositiones”, avec les cinq propositions.
En recevant cette communication, j’ai compris que je devais fournir des explications et des éclaircissements au sujet de ces cinq propositions. Je croyais que la S. Congrégation de l’Index, ayant égard à ma position de professeur à l’Université catholique de Louvain, avait daigné m’appliquer le § 10 de la constitution de Benoit XIV, Sollicita ac provida, et n’avait pas voulu porter de jugement définitif avant de m’avoir entendu. C’est dans cette persuasion que je m’empressai de rédiger un Mémoire explicatif et justificatif, que votre Eminence a bien voulu transmettre à Rome. Un tel mémoire, en présence d’un jugement que j’aurais considéré comme définitif, aurait été de ma part un manque de respect. Ce n’est pas ainsi que la S. Congrégation l’a apprécié. Elle a daigné accueillir mes explications avec bienveillance comme en témoigne une lettre de Monseigneur Pecci, Nonce apostolique à Bruxelles: cette lettre accompagnait la communication du décret de 1844, et celle me fut transmise par Votre Eminence. En voici la teneur:
“Bruxelles, Nonciature Apostolique, Nᵒ 227.
“Eminence Révérendissime,
“J’ai reçu de Rome la réponse qu’on attendait avec impatience en égard de l’ouvrage du professeur Ubaghs.—Quoique les explications que celui-ci avait remises aient été hautement appréciées, on a cru néanmoins qu’il serait prudent et nécessaire d’introduire dans la nouvelle réimpression les corrections qui sont marquées dans la feuille qui m’a été envoyée par le Secrétaire d’Etat, et que j’ai l’honneur de remettre ci-jointe à Son Eminence Votre Révérendissime, afin qu’elle daigne de la faire parvenir au susdit Professeur avec injonction de vouloir bien dans sa nouvelle publication se conformer aux désirs qui par la S. Congrégation ont été manifestés, de manière qu’elle soit réglée par les principes de sa religion et de sa probité, surtout quand il doit parler de ce qui est trés-essentiel, c’est-à-dire de l’existence de Dieu.
“En portant à la connaissance de S. E. Votre Rᵐᵉ le résultat de cette affaire, je suis chargé de la part de S. Eminence le Secrétaire
d’Etat de déclarer que ç’a été précisément en egard de l’empressement et des recommandations trés-respectables de V. Eminence qu’on a tâché que le jugement attendu fut au plutôt prononcé pour en donner ensuite sans retardement la communication nécessaire.
“En m’acquittant ainsi des ordres qui m’ont été donnes, j’ai l’honneur, etc., etc.