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[51] CHAPITRE III.

QUE C'EST VN BIEN POUR L'VNE & L'AUTRE FRANCE, D'ENUOYER ICY DES COLONIES.

IL est à craindre que dans la multiplication de nos François en ces contrées, la paix, la ioye, & la bonne intelligence ne croissent pas [52] à proportion que croistront les Habitans de la Nouuelle France. Il est bien plus facile de contenir vn petit nombre d'hommes, que des peuples entiers; si faut-il neantmoins confesser, que ce seroit vne chose tres-honorable, & tres-profitable à l'Ancienne France, & tres-vtile à la Nouuelle, de faire icy des peuplades, & d'y enuoyer des Colonies.

[51] CHAPTER III.

HOW IT IS A BENEFIT TO BOTH OLD AND NEW FRANCE, TO SEND COLONIES HERE.

It is to be feared that in the multiplication of our French, in these countries, peace, happiness, and good feeling may not increase [52] in the same ratio as do the Inhabitants of New France.[1] It is much easier to control a few men than whole multitudes; yet it must be confessed that it would be an enterprise very honorable and very profitable to Old France, and very useful to the New, to establish settlements here, and to send over Colonies.

Les François seront-ils seuls entre toutes les Nations de la terre, priuez de l'honneur de se dilater, & de se respandre dans ce Nouueau Monde. La France beaucoup plus peuplée, que tous les autres Royaumes, n'aura des Habitans que pour soy? ou bien si ses enfans la quittent, s'en vont qui de-çà, qui de-là perdre le nom de François chez l'Estranger.

Shall the French, alone of all the Nations of the earth, be deprived of the honor of expanding and spreading over this New World? Shall France, much more populous than all the other Kingdoms, have Inhabitants only for itself? or, when her children leave her, shall they go here and there and lose the name of Frenchmen among Foreigners?

Les Geographes, les Historiens, [53] & l'experience mesme nous fait veoir, qu'il sort tous les ans de la France vn grand nombre de personnes, qui vont prendre party ailleurs: Car encor que le Sol de nostre patrie soit tres-fecond, les Françoises ont ceste benediction, qu'elles le sont encore dauantage: de là vient que nos anciens Gaulois manquans de terres, en ont esté chercher en diuers endroits de l'Europe. Les [10] Galates tirent d'eux leur origine, ils ont trauersé l'Italie, ils sont passez dans la Grece, & en plusieurs autres endroits. Or maintenant nos François ne sont pas en moindre nombre que nos vieux Gaulois; mais ils ne sortent plus en troupes, ains s'en võt espars, qui d'vn costé, qui d'autre, busquer leur fortune chez l'Estranger. Ne vaudroit-il pas mieux décharger l'Ancienne France dans la Nouuelle, par des Colonies [54] qu'on y peut enuoyer, que de peupler les pays Estrangers?