Pour une seule fonction de la pensée, en effet, l'expérience a pu faire croire qu'elle était localisée en un certain point du cerveau: je veux parler de la mémoire, et plus particulièrement de la mémoire des mots. Ni pour le jugement, ni pour le raisonnement, ni pour aucune autre faculté de la pensée proprement dite nous n'avons la moindre raison de supposer qu'elle soit attachée à tels ou tels processus cérébraux déterminés.... Si l'on examine de près tous les faits allégués en faveur d'une exacte correspondance et d'une espèce d'adhérence de la vie mentale à la vie cérébrale (je laisse de côté, cela va sans dire, les sensations et les mouvements, car le cerveau est certainement un organe sensori moteur), on voit que ces faits se réduisent aux phénomènes de mémoire, et que c'est la localisation des aphasies, et cette localisation seule, qui semble apporter à la doctrine paralléliste un commencement de preuve expérimentale.
He says that lesions in the place in the brain already alluded to
"rendent, en réalité, impossible ou difficile l'évocation des souvenirs; elles portent sur le mécanisme du rappel, et sur ce mécanisme seulement. Plus précisément, le rôle du cerveau est ici de faire que l'esprit, quand il a besoin de tel ou tel souvenir, puisse obtenir du corps une certaine attitude ou certains mouvements naissants, qui présentent au souvenir cherché un cadre approprié. Si le cadre est là, le souvenir viendra, de lui-même, s'y insérer. L'organe cérébral prépare le cadre, il ne fournit pas le souvenir.... Dans le travail de la pensée en général, comme dans l'opération de la mémoire, le cerveau nous apparaît comme chargé d'imprimer au corps les mouvements et les attitudes qui jouent ce que l'esprit pense ou ce que les circonstances l'invitent â penser.... Il en connaîtrait tout juste ce qui est exprimable en gestes, attitudes et mouvements du corps, ce que l'état d'âme contient d'action en voie d'accomplissement, ou simplement naissante: le reste lui échapperait.... Les phénomènes cérébraux sont en effet à la vie mentale ce que les gestes du chef d'orchestre sont à la symphonie: ils en dessinent les articulations motrices, ils ne font pas autre chose. On ne trouverait donc rien des opérations de l'esprit proprement dit à l'intérieur du cerveau....
Orienter notre pensée vers l'action, l'amener à préparer l'acte que les circonstances réclament, voilâ ce pour quoi notre cerveau est fait...."
Then he turns to the strange memories of the dream state, in ordinary sleep, hypnosis and trance:
Bien des faits semblent indiquer que le passé se conserve jusque dans ses moindres détails et qu'il n'y a pas d'oubli réel. Vous vous rappelez ce qu'on raconte des noyés et des pendus qui, revenus à la vie, déclarent avoir eu, en quelques secondes, la vision panoramique de la totalité de leur vie passée....
Mais ce que je dis de la mémoire serait aussi vrai de la perception. Je ne puis entrer ici dans le détail d'une démonstration que j'ai faite autrefois: qu'il me suffise de rappeler que tout devient obscur, et même incompréhensible, si l'on considère les centres cérébraux comme des organes capables de transformer en états conscients des ébranlements matériels, que tout s'éclaircit au contraire si l'on voit simplement dans ces centres (et dans les dispositifs sensoriels auxquels ils sont liés) des instruments de sélection chargés de choisir, dans le champ immense de nos perceptions virtuelles, celles qui devront s'actualiser.... J'estime que nous percevons virtuellement beaucoup plus de choses que nous n'en percevons actuellement, et qu'ici encore le rôle de notre corps est d'écarter du champ de notre conscience tout ce qui ne nous serait d'aucun intérêt pratique, tout ce qui ne se prête pas à notre action.