“Le Roi Dehdou qui était parvenu à participer à la béatitude de l’empire de Soukhawatee, voulant un jour offrir au Bouddha un sacrifice des fleurs, dépêcha quelques-uns des siens aux bords de la mer des Padmá (Lotus), pour y cueillir de ces fleurs. Ses envoyés aperçurent dans la mer une très grande tige de Lotus au milieu de laquelle il y avait un bouton colossal entouré d’une foule de grandes feuilles, et jetant des rayons de lumière de différentes couleurs. Les envoyés en firent leur rapport au roi, qui, rempli d’étonnement, se rendit avec sa cour sur un grand radeau à la place de la mer où se trouvait cette tige merveilleuse.
“Y’étant arrivé, il présenta ses offrandes et prononça la bénédiction; le bouton s’ouvrit alors des quatre cotés, et [[365]]au milieu apparut l’apôtre de l’empire de neige, né comme ‘Khoubilkhan.’ Il y était assis, les jambes croisées, avait mi visage et quatre mains; les deux mains antérieures étaient jointes devant le cœur, la troisième de droite tenait un rosaire de cristal, et la quatrième à gauche une fleur de Lotus blanche, qui penchait vers l’oreille.
“Sur sa figure, dont l’éclat se répandait vers les dix régions du monde, se montrait un sourire qui pénétra dans tous les cœurs.
“Le roi et sa suite portèrent le ‘Khoubilkhan’ au palais, en poussant des cris de joie et entonnant des hymnes. Le roi se rendit devant le Bouddha éternel et lui demanda la permission d’adopter pour fils, le ‘Khoubilkhan’ né dans la mer de lotus. Mais sa demande ne fut pas agréé et il apprit, la véritable origine de ce ‘Khoubilkhan.’ Le Bouddha infiniment resplendissant posa alors sa main sur la tête de celui-ci et dit ‘Fils d’illustre origine! Les êtres qui habitent l’âpre empire de la neige, qu’aucun Bouddha des temps passés n’a pu convertir, qu’aucun du temps futurs ne convertira, et qu’aucun du temps présent n’a converti, le seront par la force et la bénédiction de ton vœu. C’est excellant; c’est excellant! Khoutoukhtou![3]
“ ‘Aussitôt que les habitans de l’âpre empire de neige te verront et qu’ils entendront le son des six syllabes (Om mani padmè hoûm) ils seront délivrés des trois naissances de mauvaise nature, et trouveront la béatitude par la renaissance comme êtres d’une nature supérieure. Les esprits malfaisans de l’âpre empire de neige, ainsi que tous les êtres donnant des maladies ou la mort, aussitôt, Khoutoukhtou, qu’ils te verront et qu’ils entendront le [[366]]son des six syllabes, ils quitteront la fureur et la méchanceté qui les anime, et deviendront compatissans.
“ ‘Les tigres, les panthères, les loups, les ours et autres animaux féroces, aussitôt, O Khoutoukhtou! qu’ils te verront et entendront le son des six syllabes ils adouciront leurs hurlemens, et leur fureur sanguinaire se changera en douceur bienveillante. Khoutoukhtou! ta figure et le son des six syllabes rassaiseront les affamés et calmeront la soif des altérés; il tombera comme une pluie d’eau bénite, et elle remplira tous leurs desirs. Khoutoukhtou! tu es l’être gracieux destiné à annoncer la volonté du Bouddha à cet empire de neige.
“ ‘Selon ton example, un grand nombre de Bouddhas s’y montreront, dans les temps futurs, et y répandront la foi.
“ ‘Les six syllabes sont le sommaire de toute doctrine et l’âpre empire de neige, sera rempli de cette doctrine par la force de ces six syllabes—
Om ma ni pad me houm.’
“Après cette consécration, le Khoutoukhtou s’agenouilla devant le Bouddha, joignit les mains et prononça le vœu suivant: ‘Puissé-je être en état de pouvoir faire parvenir à la béatitude les six espèces d’êtres vivans dans les trois royaumes! Puissé-je, avant tout, conduire sur le chemin du bonheur, les êtres vivans de l’empire de neige (Thibet).