“ ‘Loin de moi le désir de retourner dans mon Empire de joie, avant d’avoir achevé l’œuvre si difficile de la conversion de ces êtres. Si une telle pensée, produite par le dégoût et la mauvaise humeur, s’empare de moi, que ma tête se fende en dix parties, et mon corps, comme cette fleur de lotus, en mille.’

“Après ces mots, il se rendit dans le royaume de l’enfer, prononça les six syllabes et détruisit les peines des enfers [[367]]frois et chauds. De là il s’éleva au royaume des animaux, prononça les six syllabes et détruisit la peine que leur produit la chasse. Puis il se rendit dans l’empire des hommes, prononça les six syllabes et détruisit la peine de la naissance, de l’âge, des maladies et de la mort. Il s’éleva après à l’empire des génies du ciel, prononça les six syllabes et détruisit l’envie qui les tourmente pour se disputer et se combattre. Enfin, il aborda le grand Royaume de neige (le Tubet).

“Ici, il aperçut la mer d’ ‘Otang’ comme un enfer terrible, et il vit que derechef, plusieurs millions d’êtres y’étaient, bouillis, brûlés, et martyrisés.

“Le Khoutouktou se rendit au bord de la mer et dit: ‘Oh! que tant de milliers d’êtres qui se trouvent dans cette mer, où ils souffrent des tourmens inexprimables par la chaleur, le froid, la faim, et la soif, puissent rejeter loin d’eux leur enveloppe funeste et renaître dans mon paradis commes êtres supérieures. Om mani padme houm!

“A peine le ‘Khoutoukhtou’ avait-il prononcé ces mots que les tourmens des damnés cessèrent; leur esprit fut tranquillisé, et ils se virent transportés sur le chemin du Bouddha. Le Khoutoukhtou ayant ainsi rendu propres à la délivrance les six espèces des êtres vivans dans les trois royaumes du monde, se trouva fatigué, se reposa et tomba dans un état de contemplation intérieure!

“Après quelques temps il vit qu’à peine la centième partie des habitans de l’empire de neige avaient été conduits sur le chemin de la délivrance. Son âme en fut si douloureusement affectée qu’il eut le désir de retourner dans son paradis. A peine l’avait-il conçu, qu’ensuite de ce vœu, sa tête se fendit en dix et son corps en mille pièces.

“Le Bouddha infiniment resplendissant lui apparût dans [[368]]le même moment, guérit la tête et le corps fendus du Khoutoukhtou, le prit par la main et lui dit: “Fils d’illustre origine! Vois les suites inévitables de ton vœu; mais parce que tu l’avais fait pour l’illustration de tous les Bouddhas, tu as été guéri sur-le-champ. Ne sois donc plus triste, car quoique ta tête se soit fendue en dix pièces, chacune aura, par ma bénédiction, une face particulière, et au-dessus d’elles sera placé mon propre visage rayonnant. Cet onzième visage de l’infiniment resplendissant, placé au-dessus de tes dix autres, te rendra l’objet de l’adoration.

“ ‘Quoique ton corps se soit fendu en mille morceaux, ils deviendront, par ma bénédiction, mille mains qui représenteront les mille Bouddhas d’un âge complet du monde (en sanscrit Kalpa),[4] et qui te rendront l’objet le plus digne d’adoration.’ ”

Cette légende nous explique, non seulement l’extrême importance que les Bouddhistes du Tubet attachent à la formule “Om mani padmè hoûm,” mais elle nous démontre aussi que son véritable sens est celui que j’ai donné plus haut: Oh! le joyau dans le lotus; Amen! Il est évident qu’elle se rapporte à “Avalokites’ vara” ou “Padma pani” lui-même, qui naquit dans une fleur de lotus.[5] [[369]]

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