La plupart des historiens, cherchant leurs matériaux dans les archives des gouvernements et dans les notes des rois et de leurs ministres, ne voient trop souvent qu'un calcul ou un motif intéressé dans l'aide que la France nous a apportée et dans l'amitié qu'elle nous a témoignée pendant notre Guerre d'Indépendance. Mais ceux qui cherchent consciencieusement à pénétrer jusqu'à l'âme du peuple français pendant les années de 1776 à 1781, comme l'avait fait l'historien Américain, James Breck Perkins, feu le président du Comité des Affaires Etrangères de notre Congrès National, attestent que cette aide, qui fut si efficace et qui seule a rendu notre succès possible, était désinteressée et n'était inspirée que par sympathie pour un peuple faible et par amour pour la liberté et la justice politique. La Fayette, l'ami intime et dévoué de Washington et de Franklin, était véritablement l'incarnation du sentiment d'enthousiasme exalté et de sympathie ardente que les Français ressentaient alors dans toutes les classes pour un peuple qui voulait être libre. Sans doute Louis XVI. et Vergennes y voyaient des avantages incidentels et des raisons d'état, mais c'était bien le peuple impatient et l'enthousiasme et le sentiment public de la nation entière qui ont finalement forcé le gouvernement du Roi à nous envoyer une armée disciplinée sous Rochambeau et une flotte de guerre sous d'Estaing et de Grasse. L'importance incalculable du service rendu par les Français peut être estimée en nous rappelant que les deux tiers et les mieux équipées des troupes alliées à Yorktown étaient français, et que ce fut à Rochambeau que le commandant anglais avait cru devoir rendre son épée.
En prenant part à notre Guerre d'Indépendance, le peuple français savait parfaitement que son aide lui coûterait un prix énorme et que les impôts déjà trop lourds devraient être encore augmentés. L'historien Perkins déclare que le montant des dépenses de la France pour libérer l'Amérique s'est élevé à sept cent soixante douze millions de dollars, c'est à dire, à plus de trois milliards huit cent millions de francs.[71] De cette énorme dépense, qui a ruiné le trésor royal, comme l'avait bien prêdit Turgot, pas un sou n'a été remboursé à la France. Elle ne l'a jamais réclamé, et elle en refuserait fièrement aujourd'hui le remboursement en nous rappelant qu'elle avait stipulé dans le traité d'alliance avec les Etats-Unis d'Amérique du 6 Février, 1778, qu'elle ne recevrait aucune indemnité pour sa coopération et ses sacrifices, et que même si le Canada était conquis, cette contrée serait annexée aux Etats-Unis et non pas retournée à la France. Ce traité, sans précédent en générosité dans l'histoire du monde, était le premier de tous les traités que les Etats-Unis ont faits et le seul traité d'alliance dans notre histoire.
Ne serait-il pas souverainement juste, si le peuple américain, cent trente quatre ans après la bataille de Yorktown, reconnaissait ce service—je me refuse à l'appeler dette—en offrant au peuple français un crédit commercial du principal, c'est à dire, sept cent soixante douze millions, remboursable quand la France le pourrait? Même en francs, ce ne serait que l'équivalent d'une contribution insignifiante par chaque citoyen des Etats-Unis, et bien moins en valeur que l'impôt qui a été payé volontairement et de bon cœur par le peuple français du dix-huitième siècle pour nous aider. Quelle noblesse, quelle gloire, quelle splendeur de cœur, d'âme et d'esprit si les grands banquiers américains avaient pu proclamer au monde qu'ils avaient eux-mêmes offert le crédit en reconnaissance du passé! Nous serions vraiment fiers de notre génération si elle pouvait écrire une page aussi sublime, aussi impérissable dans l'histoire du monde. Alors, Messieurs, nul doute ne subsisterait quant au succès éclatant de votre mission, surtout si une parole éloquente pouvait toucher le cœur des Américains et leur rappeler combien ils doivent à la France, à cette république sœur et souffrante, et combien la question aujourd'hui n'est pas seulement une affaire commerciale pour notre propre profit avec nos meilleurs clients, mais aussi une question de gratitude pour un ami loyal et dévoué et de sympathie effective pour un grand et noble peuple qui souffre.
Au nom de cette reconnaissance et de cette sympathie américaines que j'ai essayé d'exprimer en interprétant, j'en suis convaincu, la pensée de tous les Américains réunis ici, je lève mon verre en l'honneur de la République Française, de la France blessée mais si vivante, si courageuse, si valiante, et de ses représentants distingués qui nous honorent de leur présence, M. Octave Homberg et M. Ernest Mallet. Messieurs, j'ai l'honneur de vous présenter M. Homberg.[72]
My Lord Chief Justice of England and Gentlemen of the British Commission: After the eloquent tributes of last night at the Pilgrims, I find it extremely difficult to express and convey to you the full import and sincerity of our welcome.
Every tie that can bind one people to another binds the American people to the English. Most of us are of the Anglo-Saxon race and have the same blood coursing through our veins. To the great majority of Americans, England has ever been the mother country. We speak the same language, read the same literature, strive for the same ideals, are governed by the same principles of politics and jurisprudence, and entertain the same fundamental conceptions of right and wrong and justice as among men and among nations. The greater part of England's history is our history; her Magna Carta is our Magna Carta, and the immortal deeds of valor of the English, Scotch, Irish and Welsh are our heritage and the source of our inspiration. Our hearts, therefore, cannot but beat faster day after day as we read of the splendid heroism and noble self-sacrifice of your great race.
To our minds the noblest and the most truly glorious page in the history of England was written by Sir Edward Grey when, on behalf of your government, my Lord, he refused to break the plighted faith of England to avoid involving his country in the greatest and most disastrous war in the history of the world, a war for which England was not prepared, for which Sir Edward and his colleagues knew she was not prepared, and which threatened and might involve the ruin of the British Empire. There is a nobility and sublimity, inexpressible by mere words, in the act of sending that small but now immortal British army to Belgium in August of last year, to face tenfold its number, to die for strangers—for a mere "scrap of paper," as a treaty was cynically and immorally called—solely that the honor of England might be kept inviolate. England has never been grander or nobler than on that day. The glory she then gained cannot fade. Gentlemen, the Anglo-Saxon race never rose to higher renown than when the British statesmen of to-day showed on such a grand scale that the spirit of the Light Brigade at Balaclava still lives:
"Their's not to reason why,
Their's but to do and die."
And we Americans were then prouder than ever before to belong to the Anglo-Saxon race.
England may prevail in this war, or she may fail. But whatever may happen, whatever may be decreed by Providence, your magnificent and unselfish heroism in springing to the defense of Belgium has added to England's renown and to our race a glory which is priceless and infinitely beyond the whole cost of the war, a glory worth dying for, a glory that will thrill and uplift generations of men for all time, a glory that will ever inspire acts of patriotic service and valorous self-sacrifice, of chivalry and honor.