2de. Porter le corps du centre et la reserve par Tudela au devant de l’ennemi sur la route de Sarragosse, ou sur celle d’Albazan; on réunirait ainsi 30,000 hommes, on chercherait l’ennemi, et nul doute on le battrait si on le rencontrait de ce côté.

Le maréchal Bessières serait chargé d’observer la grande communication de Burgos à Miranda, laisserait garnison dans le château de Burgos, dans le fort de Pancorvo, occuperait l’ennemi, surveillerait les mouvemens des montagnes de Reynosa, les débarquemens possibles de Santander. Sa tâche serait difficile si l’on considère que le défilé de Pancorvo n’est pas le seul accessible à l’artillerie, qu’à trois lieus delà on arrive sur Miranda par une route practicable à l’artillerie, que quelques lieus plus loin l’Ebre offre un troisième passage sur le point de la chaîne qu’il traverse entre Haro et Miranda.

3eme. Laisser le maréchal Moncey à la défence de la Navarre, et se porter avec le corps du centre et la reserve sur Burgos. Réuni au maréchal Bessières on pourroit chercher l’ennemi, et attaquer avec avantage, on marcherait à lui avec trente mille hommes, et on n’attendrait pas qu’il fut réuni avec toutes ses forces. Il serait peut-être possible de donner pour instruction au maréchal Moncey, dans le cas ou il serait débordé sur sa gauche, et qu’il ne verrait pas probabilité de battre l’ennemi, de faire un mouvement par sa droite, et se porter par Logroño sur Briviesca, où il se réunirait au reste de l’armée. Dans ce cas, la Navarre s’insurgerait, les communications avec la France seraient coupées, mais l’armée réunie dans la plaine serait assez forte pour attendre les corps qui arrivent de France, et qui seront assez forts pour pénétrer partout. Il serait aussi possible que, dans tous les cas, le maréchal Moncey se maintienne dans le camp retranché de Pampelune; manœuvrant autour de cette place, il y attendrait le résultat des opérations des deux corps d’armée qui auraient été au devant de l’ennemi dans la plaine de Burgos, et l’arrivée des corps de la grande armée.

4eme. Passer l’Ebre, et chercher à amener l’ennemi à une bataille dans la plaine que est entre Vittoria et l’Ebre.

5eme. Se retirer appuyant sa gauche sur Pampelune, et sa droite dans les montagnes de Mondragone.

6eme. Laisser une garnison en état de se défendre pendant six semaines à Pampelune, St. Sebastien, Pancorvo, et Burgos, réunir le reste de l’armée, marcher à la rencontre de l’ennemi sur l’une ou l’autre des grandes communications, le battre partout où on le trouverait, attendre, ou près de Madrid, ou dans le pays où les mouvemens de l’ennemi et la possibilité de vivre aurait porté l’armée, les troupes de France; on abandonnerait ses derrières, ses communications; mais la grande armée serait assez forte pour en ouvrir pour elle-même. Et quant à l’armée qui est en Espagne, réunie ainsi elle serait en état de braver tous les efforts, de déconcerter tous les projets de l’ennemi, et d’attendre dans une noble attitude le mouvement général qui sera imprimé par vôtre majesté lors de l’arrivée de toutes les troupes dans ce pays.

De tous les projets le dernier parait preférable; il est plus noble et aussi sur que le 5eme.

Ces deux projets sont seuls entiers absolument offensif ou absolument défensif. On peut les regarder, l’un et l’autre, comme propres à assurer la conservation de l’armée jusqu’à l’arrivée des renforts. Le dernier a sur l’autre l’avantage d’arrêter le progrès de l’ordre nouveau qui s’établit en Espagne; il est plus digne des troupes Françaises, et du frère de vôtre majesté. Il est aussi sur que celui de la sévère et honteuse défensive proposée par l’article cinq. Je l’ai communiqué au maral Jourdan et au maral Ney, qui l’un et l’autre sont de cet avis. Je ne doute point que les autres maréchaux ne partagent leur opinion.

Au premier Octobre je puis avoir la réponse de V. M., et même avant, puisque je lui ai manifesté cette opinion par ma lettre du 14 Septembre.