“Le sous-préfet de Logrogne me dit en dâte du 22 Janvier que l’opinion publique s’est améliorée depuis qu’on y a appris les nouvelles du Portugal, et qu’on y connait le peu de moyens de defense qu’offre Valence dans le désordre extrême qui y règne. La Riofa ne renferme plus de bandes complettes d’insurgés, mais on y trouve encore quelques brigands épars et des voleurs de grands chemins.
“Mariano Luis de Orquijo.”
SECTION 2.
(Relating to Joseph’s abdication.)
Vindication of the King.
Le ministre secrétaire d’état à monsieur le duc de Santa Fé,
et en son absence à monsieur le marquis d’Almenara.
Palais de Madrid, le 12 Septembre, 1810, Pars.
Excellence,—Le courrier de cabinet, Don Martin Estenoz, qui partit de Paris le 22 Juillet, a remis les lettres écrites par V. E. le même jour et les copies de celles que vous envoyâtes le 19 Juin par le courrier Alvarez, qui furent interceptées. Le roi les a lues avec la plus grande attention, et après s’être bien pénétré des communications faites à V. E. au nom de l’empereur, par monsieur le due de Cadore, et les observations particulières de ce ministre, S. M. desirant détruire d’un seul trait, les craintes et la défiance que des personnes, tout au moins mal instruites, se sont efforcées d’inspirer, m’a ordonné d’entrer en explication sur tous les points dont elles traitent. Mais je dois avant tout faire connaître à V. E. que le roi s’est montré satisfait de la juste interprétation donnée à ses idées, et à ses sentimens dans la réponse que V. E. a faite au duc de Cadore, relativement à la protection dont S. M. I. désire que le commerce Français jouisse dans les réglemens des douanes, en offrant d’assurer une faveur réciproque dans ses états aux productions d’Espagne. L’empereur ne peut ignorer les vues liberales de son auguste frère, et si S. M. I. a été exactement informée sur ce point, elle saura que, dès son avénement au trône, le roi a écarté bien des obstacles opposés à l’industrie française qu’il s’agit de favoriser encore par de nouvelles dispositions.
Il est bien douloureux pour le roi d’avoir à se justifier de plusieurs imputations auxquelles on a dû croire puisqu’on les a communiquées a V. E. L’une d’elles est que le roi a rendu à leurs propriétaires, ou disposé à son gré, d’une partie des biens confisqués par l’empereur. Cela supposerait de la part de S. M. un oubli de la parole donnée a l’empereur de ne se mêler en aucune manière de ces confiscations: mais c’est un infame imposture, et son auteur mérite un chatiment exemplaire. Qu’on cite une propriété un pouce de terrain confisqué par l’empereur, et dont on ait disposé: on ne le pourra point si dans une pure question de fait on en impose ainsi a l’empereur, que sera ce lorsqu’on ne parle que par conjectures et présomption? Le roi porte à un si haut degré son respect pour les décrets de confiscations de S. M. I. qu’ayant besoin d’un des édifices qui y sont compris pour y placer des établissemens publics, il n’a même pas voulu s’en servir provisoirement. S. M. n’a-t-elle pas, en conséquence, le droit de réclamer, pour son honneur, la punition de ses detracteurs? S. M. I. s’est expliquée sur la direction donnée à la guerre et la manière dont elle a été faite.
L’empereur écrivit au roi pour lui représenter la lenteur des opérations, et l’inaction des armées. Aussitôt S. M. entreprit la conquête de l’Andalousie. Le duc de Cadore a dit à V. E. que la soumission de cette province était illusoire, puisqu’elle se trouve inondée de partis d’insurgés et de bandes de brigands. Qu’on considère la vaste étendue de l’Andalusie; le petit nombre de troupes françaises que l’obstination de Cadiz permêt d’y repandre; les pièges de toute espèce que tendent les Anglais et leurs continuelles attaques: qu’on parcoure l’histoire de toutes les guerres contre l’Angleterre et l’on verra qu’indépendamment des vingt mille Espagnols constamment stationés à St. Rocq, il était encore nécessaire d’entretenir sur cette côté un nombre considérable de troupes pour les opposer aux entreprises partielles de l’ennemi. Si ces précautions étaient indispensables dans un tems de calme et de tranquillité, qu’elles doivent être les espérances et les moyens de l’Angleterre dans l’agitation actuelle de l’Espagne et la nature de la guerre dont elle est le théâtre? Le roi peut dire avec verité que la conquête militaire et morale de l’Andalousie est son ouvrage, et que ses paroles, sa conduite, et les sages mesures qu’il a prises, out preparé la tranquillité dont elle jouit. S. M. y a organisé des gardes civiques chargées de défendre leurs foyers, et malgré le voisinage de cette province avec l’Estremadure et les instigations continuelles de la junte de Cadiz et des Anglais, l’Andalousie renferme beaucoups moins de partis ou de bandes d’insurgés que la Castille, la Biscaye, et la Navarre, qui ont été placés sous le régime militaire. Enfin l’on trouve en Andalousie une organisation complette de compagnies de Miguelettes, qui veillent a la tranquillité des villes et à la sûreté des chemins. Leurs services sont tellement utiles que le maréchal duc de Dalmatie a donné le plus de développement possible à cette institution.
Si l’Andalousie n’est pas entièrement pacifiée, si la junte de Cadiz existe encore, et si les Anglais y exercent leur fatale influence, on doit l’attribuer en grande partie aux machinations et aux traines ourdies par la junte et l’Angleterre au moment où parvint à leur connaissance le décret du 8 Février qui établit des gouvernemens militaires dans la Navarre, la Biscaye, l’Aragon, et la Catalogne. Quelques gouverneurs français ayant traité ces provinces comme si elles étaient absolument détachées de la monarchie, les membres de la junte de Cadiz et les Anglais en profitèrent pour souffler de nouveau le feu de la discorde et refuter les expressions du roi qui répétait sans cesse, ‘Que la nation conserverait son intégrité et son indépendance: que ses institutions s’amélioreraient sous la protection d’un trône soutenu par les relations intimes du roi avec l’empereur; qu’elle n’aurait à combattre que l’ennemi qui voulait s’arroger l’empire exclusif des mers.’ Voila le sens qu’on a toujours donné en Espagne aux mots indépendance et intégrité. Ce langage est celui dont s’est servi S. M. I. non seulement avec les Espagnols, mais à la face de l’univers: il ne peut donc être odieux ni criminel dans la bouche du roi. Mais combien n’est-il pas démenti par la conduite de certains gouverneurs qui paraissent s’obstiner à prolonger l’insurrection d’Espagne à l’annihiler ou la détruire plutôt qu’à la soumettre! car dans plusieurs endroits on ne se contente pas d’exclure toute idée de l’autorité du roi en faisant administrer la justice au nom de l’empereur, mais ce qui est pire, on a exigé que les tribunaux civils de Valladolid et de Valencia prêtassent serment de fidélité et d’obéissance à S. M. I. comme si la nation Espagnole n’avait pas de roi.
Monsieur le due de Cadore se plaint de l’indulgence dont on en a usé en Andalousie; S. M. a montré contre ses ennemis, dans les champs de Talavera et Ocana, toute la fermeté de son caractère; mais serait-il juste, conviendrait-il à ses intérêts et aux vues de l’empereur, que S. M. deployât de la rigueur contre des vaincus, des prisonniers qui doivent être ses sujets? Si le maréchal Ney eut suivi ce généreux exemple dans les villes de Galice où il fut reçu à bras ouverts, et n’eut pas au contraire opprimé et saccagé cette province, elle serait heureuse et soumise, et non livrée aux maux de l’insurrection comme tant d’autres à qui l’on a fait éprouver le même sort. Cette conduite de S. M. dans des pays soumis est vraisemblablement ce que le duc de Cadore appelle des graces accordées aux insurgés de préférence aux personnes attachées à la cause du roi. Les insurgés n’ont obtenu d’autres graces que elles qui leur furent offertes dans les proclamations pour dissiper l’erreur dans laquelle les Anglais les avaient induits. Si le sequestre mis sur les biens invendus de quelques habitans ou réfugiés, a été levé posterieurement, cet exemple d’indulgence a eu d’heureux résultats, puisqu’il a attiré un grand nombre de personnes á l’obéissance du roi: et qu’on ne croye pas que ces individus n’aient point subi le chatiment qui leur était dû pour le retard qu’ils ont mis à se soumettre, car s’ils possedaient des billets royaux, il les ont perdues pour ne les avoir pas présenté à tems au timbre sec; et s’ils sont porteurs d’autres titres de créances sur l’état, ils doivent, pour les valider, solliciter un décret particulier.