Nous entendons que la présente rétrocession n’ait de force et valeur que ce l’époque ou nous aurons pleine et entière connoissance de l’acceptation de la présente rétrocession de la part de notre frère l’empereur des Français: et comme nous ne sommes portés à cet acte par aucune considération particulière, mais par l’unique considération que nous avons exprimée plus haut et qu’en quittant le trône d’Espagne nous n’avons en vue que le plus grand bien du peuple Espagnol que nous ne pourrons pas rendre aussi heureux que nous voudrions, et que nous n’avons d’autre ambition que celle de rentrer dans la vie privée et dans la retraite la plus absolue. Nous nous abandonnons entièrement à la justice de notre frère l’empereur des Français pour le sort des personnes qui nous sont attachées au sentimens de la gloire qui garantit ses efforts pour le bonheur de l’Espagne et à ses sentimens paternels pour nos enfans, pour la reine, notre épouse, et pour nous.
Nous nous engagerons à faire revêtir de toutes les formes qui pourroient paroître plus authentiques le présent acte écrit, rédigé, et signé de notre propre main. Ayant jugé que le plus grand secret était indispensable jusqu’à ce que nous ayons connoissance de l’acceptation de S. M. l’empereur des Français, roi d’Italie.
Fait à Madrid, etc. etc.
Paris, 1811.
Depuis la conversation que j’ai eu avec vous sur ma position, elle ne s’est pas améliorée; elle est telle aujourd’hui que je me voir forcé d’embrasser le seul pratique qui me reste à prendre, celui de la rétraite la plus absolue en France. Je serois déjà parti si je ne venois d’être instruit que S. M. l’empereur qui a sû que j’avois donné ordre d’acheter ou de louer une terre a cent lieues de Paris, avoit disapprouvé cette demarche, et qu’il trouvait plus convenable, si je persistois dans ma resolution, qui je me rendisse à ma terre de Morfontaine après vous avoir prévenu de ma détermination, et avoir assuré ici l’ordre publique après mon départ. Je dirai en partant que je vais m’entendre avec l’empereur pour les affaires d’Espagne, et je ferois les mêmes dispositions par rapport aux provinces qui entourent Madrid que je fit lorsqu’il y a un an je partis pour l’expedition d’Andalousie; cet état dura six mois sans nul désordre, et je ne doute pas que les choses n’aillent de la même manière et ne donnent le tems à l’empereur de prendre les dispositions définitives.
Je suis prêt à rendre l’empereur les droits qu’il me rémit à Bayonne sur la monarchie d’Espagne et des Indes si ma position ici ne change pas; parceque je dois croire que c’est le désir de l’empereur puisqu’il est impossible qu’il veuille que je reste roi d’Espagne, et qu’il m’ôte tous les moyens d’existence. Il en peut être malheureux que l’empereur ait voulu me reconnoître roi de Naples, il y a six ans lorsqu’à la tête de ses troupes je fis la conquête de ce royaume; ce fut malgré moi, et mes instances pour rester au commandement de son armée avec la simple qualité de son lieutenant furent le sujet d’une lettre dont je me rappelle très-bien.
Lorsqu’en 1808 je fus proclamé roi d’Espagne, je l’ignorois encore; cependant arrivé à Bayonne je fis tout ce que voulus l’empereur, je signerais une constitution, je le signai appuyée par sa garantie. Les événemens n’ayant pas répondu a nos espérances est ce ma faute? Est celui qui en est le plus victim qui doit en porter la peine? Cependant tant que la guerre dure je me suis soumis a tout ce que l’on a voulu, mais je ne puis pas l’impossible; je ne puis pas rester ici plus longtems si l’empereur ne vient à mon secours. En ordonnant qu’il soit versé dans mon trésor à Madrid un million de francs par mois, les autres provinces doivent contribuer aux besoins de la capitale. Les troupes françoises qui sont dans les provinces du centre (elles sont peu nombreuses) doivent être soldées par le trésor de France.
A la pacification générale l’empereur exigera des indemnités; s’entendrer alors il posséde de fait presque toutes les provinces aujourd’hui, il sera bien le maître de ne les évacuer qu’à mesure qu’il croira que l’Espagne aura satisfait aux obligations qu’il lui aura imposées. En résume je suis prêt à faire la volonté de l’empereur pourvu que je la connoîsse.