Il parait aussi que dans l’armée autrichienne les officiers déclamaient publiquement contre la guerre.

Quel triste que soit ce tableau, je crois l’avoir peint sans exagération et l’avoir observé de sang froid. Mon opinion sur l’étendue du mal est la même que lorsque j’étais plus voisin du théâtre.


No. VII.

Ghiart, le 2 Septembre, 1812.

Monsieur le duc de feltre,

J’ai reçu le rapport du duc de Raguse sur la bataille du 22. Il est impossible de rien lire de plus insignifiant: il y a plus de fatras et plus de rouages que dans une horloge, et pas un mot qui fasse connaître l’état réel des choses. Voici ma manière de voir sur cette affaire, et la conduite que vous devez tenir. Vous attendrez que le duc de Raguse soit arrivé, qu’il soit remis de sa blessure, et à-peu-près entièrement rétabli. Vous lui demanderez alors de répondre catégoriquement à ces questions. Pourquoi a-t-il livré bataille sans les ordres de son général-en-chef? Pourquoi n’a-t-il pas pris des ordres sur le parti qu’il devoit suivre, subordonné au systême général sur mes armées d’Espagne? Il y a là un crime d’insubordination qui est la cause de tous les malheurs de cette affaire, et quand même il n’eut pas été dans l’obligation de se mettre en communication avec son général-en-chef pour exécuter les ordres qu’il en recevrait, comment a-t-il pu sortir de sa défensive sur le Duero, lorsque, sans un grand effort d’imagination, il étoit facile de concevoir qu’il pouvoit être secourn par l’arrivée de la division de dragons, d’une trentaine de pièces de canon, et de plus de 15 mille hommes de troupes Françaises que le roi avoit dans la main? Et comment pouvoit il sortir de la défensive pour prendre l’offensive sans attendre la réunion et le secours d’un corps de 15 à 17 mille hommes?

Le roi avoit ordonné à l’armée du nord d’envoyer sa cavalerie à son secours; elle étoit en marche. Le duc de Raguse ne pouvoit l’ignorer, puisque cette cavalerie est arrivée le soir de la bataille. De Salamanque à Burgos il y a bien des marches. Pourquoi n’a-t-il pas retardé de deux jours pour avoir le secours de cette cavalerie, qui lui étoit si importante? Il faudroit avoir une explication sur les raisons qui ont porté le duc de Raguse à ne pas attendre les ordres de son général-en-chef pour livrer bataille sans attendre les renforts que le roi, comme commandant supérieur de mes armées en Espagne, pouvoit retirer de l’armée du centre, de l’armée de Valence et de l’Andalousie. Le seul fonds de l’armée du centre fournissoit 15 mille hommes de pied, et 2500 chevaux, lesquels pouvoient être rendus dans le même temps que le duc de Raguse faisoit battre son corps, et en prenant dans ses deux armées, le roi pouvoit lui amener 40 mille hommes. Enfin le duc de Raguse sachant que 1500 chevaux étoient partis de Burgos pour le rejoindre, comment ne les a-t-il pas attendus?

En faisant coincider ces deux circonstances d’avoir pris l’offensive sans l’ordre de son général-en-chef et de ne pas avoir retardé la bataille de deux jours pour ne pas recevoir 15,000 hommes d’infanterie que lui amenoit le roi, et 1500 chevaux de l’armée du nord, on est fondé à penser que ce maréchal a craint que le roi ne participe au succès de la bataille, et qu’il a sacrifié à la vanité la gloire de la patrie et l’avantage de mon service.

Donnez ordre aux généraux divisionnaires d’envoyer les états de leurs pertes. Il est intolérable qu’on rende des comptes faux et qu’on me dissimule la vérité.