AHASVÉRUS
Rabbi Hakkadosch, je t’ai vu naître dans la Judengasse de Francfort, où ton grand-père, le tailleur Johannan, loua la boutique du brocanteur Mayer, le premier des Rothschild ...
Il s’adresse successivement au boudhiste japonais Kinza Hiraï, à Dionysios, évêque de Zante, au mandarin Pung Quang Yu, aux hindous, à tous les autres: il les connaît tous et parle à chacun dans sa langue, avec l’accent où tous retrouvent l’écho de la douceur natale. Ils se sont rassis, un à un, et baissent la tête, confus, sous le flot des paroles du vieillard. Il s’est avancé vers la table et s’exprime maintenant en anglais, pour être compris de tous.
AHASVÉRUS
Êtes-vous convaincus, mes maîtres, ou faut-il que je remonte dans vos généalogies, plus haut que vous-mêmes ne sauriez le faire? Je suis Ahasvérus, le juif maudit, toujours errant depuis dix-huit siècles, celui qui meurt tous les cent ans mais pour renaître le lendemain ...
LE RABBIN
timidement:
Comment as-tu passé la mer, éternel marcheur qui ne peux prendre de repos?
AHASVÉRUS