C'était tout simplement impossible; et cette impossibilité de fait ressortira d'une promenade par citations, autour de l'Afrique et dans le Soudan.
«D'après un rapport du capitaine Thomas Smee, qui fit en 1811 un voyage d'exploration sur la côte orientale d'Afrique, dit M. le capitaine de vaisseau Guillain, le nombre des esclaves annuellement exportés alors du port de Zanzibar à Mascate, dans l'Inde, à l'île de France, etc., n'était pas moindre de 6,000 à 10,000.
«Tarir, diminuer, ou gêner même une source si féconde de richesse, c'était jeter dans les intérêts de la population marchande, habituée à ce trafic que son code religieux approuve implicitement, une perturbation aussi énorme qu'injustifiable à ses yeux, et semer dans les esprits des rancunes implacables.—L'Angleterre ne s'émut ni des uns ni des autres, et, ceci est à sa gloire, elle a su constamment mettre au service de cette oeuvre généreuse une patience et une énergie dont nous devons regretter de n'avoir pas donné l'exemple.—Je l'avoue pour mon compte, rien ne me prouve l'égoïsme machiavélique dont on accuse cette grande nation à propos de la grave question qui nous occupe[54].»
[Note 54: Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique orientale, 5 vol. in-8°, avec atlas.—Ouvrage publié par ordre du gouvernement, par M. le capitaine de vaisseau Guillain.]
Après ces considérations loyales, auxquelles il est temps qu'enfin tout homme d'examen sérieux s'associe, M. le capitaine de vaisseau Guillain rappelle les traités divers qui, de 1822 à 1847, ont amené l'iman de Mascate, aux sollicitations de l'Angleterre, à supprimer la traite au nord de l'équateur.
A la même époque, M. Rochet d'Héricourt écrivait:
«Les négociants qui font le commerce des Petites Échelles de la partie de cette mer voisine du golfe Arabique naviguent avec de gros navires à trois mâts.—Ils achètent des esclaves que les Danakiles et les Soumalis amènent du sein des tribus les plus féroces des Gallas. Ils en achètent à Odéida, à Moka, où les transportent les naturels de Toujourra et autres, et viennent compléter leur chargement sur les marchés de Berbera[55].»
[Note 55: Rochet d'Héricourt, lettre datée d'Angola, 1848 (Revue
Orientale).]
«En Afrique, ajoutait trois ans après M. le comte d'Escayrac de Lauture, la traite se fait sur la côte occidentale et la côte orientale. La première seule est bien surveillée. Il est à ma connaissance qu'en 1851 un navire à vapeur de 600 chevaux de force a chargé à la côte orientale, entre Mozambique et Zanzibar, 1,500 noirs à destination du Brésil. Ce navire peut, année moyenne, faire quatre voyages et introduire à lui seul 6,000 esclaves en Amérique.
«Les esclaves ne valent aujourd'hui (1853) que 15 francs sur la côte orientale d'Afrique, où on les achète en masse, par lots de 50 à 1,000, à tant par tête en moyenne; ils en coûtent environ 80 à la côte opposée et se vendent de 1,200 à 1,400 francs au Brésil.—Le propriétaire de la frégate dont je viens de parler pourrait donc, dès la première année et tout en mettant 2 millions de côté, armer quatre autres frégates à vapeur et transporter, l'année suivante, 30,000 noirs sur ses cinq navires[56].»