[Note 56: Comte d'Escayrac de Lauture, Le Désert et le Soudan.]
Que la traite, d'ailleurs, soit plus ou moins officiellement empêchée de ce côté, l'esclavage local n'en continue pas moins à se recruter dans l'intérieur sans rien perdre de sa stabilité première et de sa valeur d'état social, car les esclaves forment les deux tiers ou les trois quarts de la population totale de Zanzibar: ce sont des Africains provenant de toutes les peuplades qui occupent les régions intérieures de l'Afrique orientale comprise entre le Mozambique et le Djoub. Inutile de mentionner spécialement les individus isolés appartenant à d'autres contrées, tels que, par exemple, les esclaves abyssiniennes qui ornent le harem du sultan et celui de quelques hauts dignitaires[57].
[Note 57: M. le capitaine de vaisseau Guillain.]
Comme complément de ces témoignages acquis à notre proposition, et qu'il est inutile de multiplier, ajoutons que la foire pittoresque de Berbera, rendez-vous annuel des tribus de l'intérieur, des marchands de l'Yémen, de Mascate, de Ras-el-Kina, de Bossera, de Sour, etc., etc., des riches banians de Porbendeur, de Mandévi et de Bombay, n'a rien perdu de son importance comme marché d'esclaves. «De temps en temps un groupe d'enfants poudreux et harassés de fatigue y indique l'approche des caravanes d'esclaves, dont la plus riche est celle de l'Abyssinie, et dont les conducteurs sont attendus par leurs correspondants de Bossera, de Bendeur-Abbas et de Bagdad[58].»
[Note 58: Idem.]
Voilà pour l'est.
Sur le débouché nord où l'Égypte, Tripoli, Tunis ont adhéré à la suppression de la traite, où nous avons nous-mêmes aboli l'esclavage, a-t-elle perdu de son activité?
«Dans le Soudan tout entier, a dit un voyageur au Darfour, la branche de commerce la plus étendue et sur laquelle, aujourd'hui encore, repose réellement tout le mouvement commercial, est la vente et l'achat des esclaves.
«A Noufi, il n'est pas un marchand qui n'ait toujours 8,000 ou 10,000 esclaves tout prêts et des commis esclaves eux-mêmes associés à son commerce ou commerçant pour leur propre compte qui n'en aient chacun 1,000, 2,000, plus ou moins.
«Mohamed Ali, en frappant de droits énormes l'importation des esclaves en Égypte, a tâché d'entraver ce commerce. On ne sait pas combien de milliers d'esclaves perdent la vie pour quelques centaines qui finissent par arriver en Égypte, au Moghreb, à Constantinople: il en meurt des milliers dans les ghrazias ou chasses qu'on leur fait pour les capturer; des milliers pour s'acclimater dans le pays de leurs ravisseurs, s'habituer à un nouveau régime de vie et aux travaux qui leur sont imposés; des milliers pour sortir du Soudan et traverser à pied d'énormes déserts; des milliers pour fournir des eunuques; des milliers pour avoir à supporter le froid de la Syrie, de la Turquie, de la Perse[59].»