[Note 64: Anne Raffenel, Voyage dans l'Afrique occidentale, 1843-1845.]
L'abolition de la traite donne donc raison à Senelgrave et à Mungo-Park, qui écrivaient, l'un en 1730, l'autre en 1805:
«Par un usage immémorial, les nègres font esclaves les captifs qu'ils prennent à la guerre; mais avant que leur commerce fût établi avec les Européens, ils tuaient en grande partie leurs prisonniers dans la crainte qu'étant devenus trop nombreux ils ne leur causassent de l'embarras par leurs révoltes. Il demeure prouvé que le commerce des esclaves sauve la vie à quantité de nègres[65].
[Note 65: Senelgrave, Voyage en Afrique, 1730-32.]
«Si l'on me demandait ce que je pense de l'influence qu'une discontinuation du commerce des esclaves produirait sur les moeurs de l'Afrique, je n'hésiterais point à dire que, dans l'état d'ignorance où vivent ses habitants, l'effet de cette mesure ne serait, selon moi, ni si avantageux ni si considérable que plusieurs gens de bien avisent à le penser[66].»
[Note 66: Mungo-Park, Second Voyage en Afrique, 1805.]
Après l'affirmation, les faits:
1er mars 1847.—On mande de Gorée: «Les Anglais s'étaient chargés de bloquer Gallinas, où devaient s'embarquer des nègres pour les Antilles. Tous les passages étaient si bien gardés que les propriétaires de ces malheureux, contraints de les nourrir sans pouvoir les vendre, ont pris une résolution atroce: ils ont de sang-froid tranché la tête à leurs deux mille esclaves et ont attaché ces hideux trophées à des poteaux sur la grève, en vue des croiseurs.
«Des officiers français s'étant trouvés à l'Agouade, avec les chefs qui avaient ordonné cette boucherie, et leur en ayant fait des reproches: «Si nous ne pouvons vendre nos prisonniers, leur fut-il répondu, que voulez-vous que nous en fassions[67]?»
[Note 67: Les journaux de mars 1847.]