«Le roi de l'État d'Iariba, vaste contrée de la Nigritie occidentale, a entrepris, en 1851, une grande guerre, à la suite de laquelle il a massacré cinq mille prisonniers dont il n'a pas voulu avoir la charge[68].»

[Note 68: Le journal le Pays, 1857.]

Ces deux drames en quelques lignes ont été reproduits sans commentaires, à quelques années de distance, par toute la presse européenne; combien d'autres, restés inconnus, s'étaient joués avant, se sont joués depuis dans cet âpre pays et s'y joueront encore, dont nous serons de fait, sinon d'intention, les auteurs responsables!

En voici la contre-partie:

«Le même roi d'Iariba, pendant une guerre qu'il a eue en 1857, a fait quatre mille prisonniers, et sachant, d'après les bruits répandus aujourd'hui dans toute l'Afrique, qu'il peut en tirer parti pour l'immigration, il les a épargnés et les conserve à Ksatonga, sa capitale[69].»

[Note 69: Le Pays, suite de l'article cité.]

Est-ce concluant?

Et sans le triste malentendu qui a imposé un temps d'arrêt à l'émigration nègre, le nouveau roi de Dahomey, au lieu d'inaugurer son règne en égorgeant mille esclaves sur la tombe de son père et de se mettre en chasse, le sacrifice étant incomplet, pour en aller chercher deux mille autres, eût imité sans doute le lucratif exemple que lui avait donné le roi d'Iariba. A n'en pas douter non plus, il en eût été bientôt de même dans la Nigritie tout entière, ainsi qu'en témoigne ce renseignement encore inédit, mais officiel, recueilli en plein grand désert, à plus de huit cents lieues du premier effet produit sur le littoral atlantique par le recrutement de nos quelques milliers d'engagés.

M. Bouderbah, interprète de l'armée à El-Aghouat, le seul voyageur algérien à qui il ait été donné de dépasser les limites du Sahara, arrivait à Rat, chez les Touaregs-Azegeur, à trois cent quarante-neuf lieues de son point de départ, en septembre dernier; on y attendait les grandes caravanes du Bournou et du Haoussa, qui y conduisent annuellement de 3,000 à 4,000 esclaves, et l'on y disait que leur prix de vente ordinaire, 100 à 150 francs, s'élèverait probablement à 250 francs, parce qu'il y avait à Noufi une recrudescence de demande pour les côtes de Guinée[70].

[Note 70: Voyage exécuté avec l'autorisation de M. le maréchal comte
Randon, alors gouverneur général de l'Algérie.]