Ainsi, les rachats que nous opérions au Gabon, dans l'Abyssinie, an grand Bassam, à la baie de Biafra, avaient déjà eu pour résultat de mettre en faveur la marchandise—quelle phrase appliquée à des hommes! si elle n'était corrigée par celle-ci—et de faire par conséquent que la marchandise même fût soumise à des procédés intéressés de ménagements et de conservation.

Combien donc l'Europe chrétienne avec son abolition de la traite, dont la conséquence rigoureuse serait l'abolition de toute émigration soudainement libre et spontanée, combien donc l'Europe chrétienne est loin, ainsi que le remarquait H. Raffenel, de réaliser son rêve religieux!

Rêve en effet, car du voyage de Senelgrave à ceux de Mungo-Park, avant l'abolition de la traite; de ceux de M. Raffenel à celui de M. Hecquard[71], depuis qu'elle est abolie, rien n'a changé: la traite, encore la traite! ainsi que le prouve surabondamment le nombre des négriers qui chargent à la côte et dont plus des deux tiers échappent aux croiseurs.

[Note 71: Hyacinthe Hecquard, Voyage sur la côte et dans l'Afrique occidentale, 1855 (Publié avec l'autorisation du ministre de la marine et des colonies.)]

Nous n'avançons rien là d'ailleurs qui ne soit de notoriété publique et officielle.

Dès 1840, M. Fowel Buxton écrivait à la première page de son livre, le plus complet sans contredit et le mieux étudié qui ait été publié sur la question de l'esclavage:

«Ma première proposition est que 150,000 créatures humaines sont annuellement enlevées au sol africain et transportées à travers l'Atlantique pour être vendues comme esclaves.»

La même année, le prince Albert ouvrait la séance de la Société pour l'abolition de la traite par un discours où nous lisons cette phrase:

«Je regrette profondément que les généreux et persévérants efforts de l'Angleterre pour abolir cet infâme trafic de créatures humaines, qui est à la fois la désolation de l'Afrique et une tache pour l'Europe civilisée, n'aient pu aboutir encore à aucun résultat satisfaisant.»

En 1844, l'Angleterre avait inutilement dépensé 400 millions pour ce résultat négatif.