Viennent ensuite les pronoms possessifs. Ici Gyarmathi signale une autre similitude. En lapon et en hongrois, il n'y a pas proprement de pronoms. On exprime le possessif au moyen de lettres placées à la fin du mot. Le m, par exemple, exprimera le possessif de la première personne.

Lapon.
snarbmam
Hongrois.
ujjam

mon doigt

Ajoutons seulement, ce que ne dit pas Gyarmathi, que ce caractère se retrouve dans beaucoup de langues asiatiques: il se retrouve en turc de même qu'en hongrois.

Turc.
ana
anám
Hongrois.
anya
anyám

mère
ma mère

Nous arrivons aux verbes, aux postpositions, aux adverbes. Ici l'embarras de l'auteur redouble. En effet, c'est surtout par la formation des adverbes, l'emploi des postpositions, et les mille transformations des verbes, que le hongrois a un caractère particulier. Gyarmathi, dans son premier ouvrage, démontre, en s'appuyant sur l'autorité des philologues versés dans les langues orientales, que le hongrois, sous ce rapport, se rapproche encore plus de ces langues.

En hongrois les prépositions, comme les pronoms possessifs, se mettent, de même qu'en turc, à la fin du substantif.

Turc.
anadán
Hongrois.
anyától

de la mère

De telle façon qu'un nom, ainsi que le remarquait autrefois Gyarmathi, peut subir deux cent quarante-quatre variations. En lapon les postpositions ne se joignent qu'au pronom: elles restent séparées du substantif, lequel ne peut prendre les nombreuses formes des substantifs hongrois et turcs. C'est encore là une des originalités de la langue hongroise. En voici un exemple que me fournit le premier livre de Gyarmathi. Cette phrase: «prenez de ce qui est à vos seigneurs», se traduit en hongrois par deux mots: vegyetek uraitokéból Voici l'explication du dernier: úr veut dire «seigneur»; urak, «les seigneurs»; uratok, «votre seigneur»; uraitok, «vos seigneurs»; é indique le possessif et ból signifie «de». Les langues finnoises présentent-elles cette concision?

Les verbes peuvent se transformer, en hongrois, au point d'exprimer les changements ou tournures que nous rendons dans nos langues par plusieurs mots. Ex.: látok, «je vois»; látlak, «je te vois»; láthatok, «je puis voir»; láthatlak, «je puis te voir»; láttatok, «je fais voir»; láttathatok, «je puis faire voir»; látdogaltathatok, «je puis souvent faire voir».

Certes, voilà des particularités bien remarquables dans une langue. Je les indique à peine; mais Gyarmathi ne manque pas de les relever, de les énumérer toutes dans son premier ouvrage. Il va sans dire qu'il les passe entièrement sous silence dans son second. Au lieu de ses observations, qui s'appliquent au turc aussi bien qu'au hongrois, il aurait dû faire ressortir dans les langues finnoise et magyare les mêmes caractères, qui font que ces deux langues, semblables entre elles, diffèrent parfaitement des autres. Mais, nous l'avons dit, cela était impossible.