— Oui ! Ah ! c’est vrai, c’est aujourd’hui la saint Georges et la sainte Alexandra. Parfait ! Permettez-moi de vous serrer dans mes bras.
Ils s’embrassèrent tendrement en pleine rue.
— A cette occasion, on pourrait peut-être passer au mess, histoire de tuer le ver, comme dit notre ami l’aristocrate Artchakovskiï ! proposa Vietkine.
— Impossible, Pavel Pavlytch. Je suis pressé. Et puis il me semble que vous êtes déjà gai.
— Oh ! oh ! oh ! — claironna Vietkine en relevant fièrement le menton. — J’ai trouvé une combinaison à faire crever d’envie le meilleur ministre des Finances.
— En quoi consiste-t-elle ?
La combinaison de Vietkine, quoique des plus simples, n’était pas dépourvue d’ingéniosité : le principal rôle incombait au tailleur du régiment, Khaïn, qui avait fait signer à Vietkine un papier par lequel celui-ci reconnaissait avoir reçu livraison d’une tenue, tandis que le malin Pavel Pavlytch avait touché à la place trente roubles en espèces sonnantes.
— En définitive, nous sommes satisfaits tous deux, disait Vietkine : le juif est heureux parce que, au lieu de trente roubles, il en touchera quarante-cinq sur la masse d’habillement, et moi je le suis également parce qu’il me sera possible d’échauder, aujourd’hui, au mess, tous ces joueurs de malheur ! Eh bien ! ce n’est pas trop mal compris ?
— Très adroit, approuva Romachov. J’en prends note pour l’avenir. Cependant, au revoir, Pavel Pavlytch, et bonne chance au jeu…
Ils se quittèrent. Mais un instant après Vietkine rappela son camarade. Romachov se retourna.