Nicolaiev sourit largement et, le frappant sur l’épaule avec une blessante familiarité :

— Oh ! non, mon cher, que dites-vous ?… Plus on est nombreux, plus on s’amuse ! Pas de chinoiseries entre nous ! Seulement voilà : je ne sais comment nous nous arrangerons pour les places dans les voitures ; mais nous nous en tirerons quand même.

— J’ai une voiture — le tranquillisa Romachov en dégageant imperceptiblement son épaule de la main de Nicolaiev. C’est moi, au contraire, qui serai très heureux de la mettre à votre disposition.

En se retournant, il rencontra les yeux de Chourotchka dont le regard chaud et toujours étrangement fixe disait clairement : « Merci, cher ! »

« Qu’elle est extraordinaire aujourd’hui ! » pensa Romachov.

— C’est parfait ! répondit Nicolaiev en regardant sa montre. — Eh bien, messieurs, je crois que nous pouvons partir.

— Puisqu’il faut partir, partons, comme disait le perroquet qu’un chat tirait par la queue hors de sa cage ! — plaisanta Olizar.

Tout le monde se leva avec des exclamations et des rires ; les dames cherchaient leurs chapeaux, leurs ombrelles et mettaient leurs gants ; Talmann, que sa bronchite rendait prudent, recommandait, en criant à tue-tête, de ne pas oublier les châles. Il se fit un vrai remue-ménage.

Le petit Mikhine prit à part Romachov :

— Iouriï Alexéitch, j’ai un service à vous demander. Prenez place, je vous prie, auprès de mes sœurs, autrement Ditz monterait en voiture avec elles et cela me serait très désagréable. Il dit toujours de telles horreurs aux jeunes filles qu’elles sont prêtes à en pleurer. Je vous le dis franchement : je suis ennemi de toute violence, mais, parole d’honneur, un de ces jours, je le giflerai !