— Et si je deviens maître de moi ? demanda Romachov. Si j’arrive à la situation qu’ambitionne ton mari ou à une autre supérieure ? Alors ?

Elle appuya fortement sa joue contre son épaule et dit avec éclat :

— Alors ! Oui ! Oui ! Oui ! Oui !

Ils étaient déjà dans la clairière. On voyait distinctement le foyer et les silhouettes des personnes à l’entour.

— Romotchka, un dernier mot, dit Alexandra Pétrovna en se hâtant, mais avec, dans la voix, une note de tristesse et d’angoisse : Je ne voulais pas vous gâter toute la soirée et c’est pourquoi je me suis tue jusqu’à présent. Écoutez-moi bien : Vous ne devez plus venir nous voir !

Il s’arrêta interloqué.

— Pourquoi ? O Sacha !

— Allons, dépêchons-nous. Mon mari est inondé de lettres anonymes. J’ignore qui les écrit ; il ne me les a pas montrées, mais il y a fait allusion. On lui raconte des vilenies, des turpitudes sur vous et moi. En un mot je vous prie de ne plus venir nous voir.

— Sacha !… gémit Romachov en tendant les bras vers elle.

— Ah ! à moi aussi, cela me fait beaucoup de peine, mon chéri, mon amour, ma tendresse ! Mais c’est indispensable. Écoutez-moi donc, je ne crains qu’une chose, c’est qu’il vous en parle lui-même. Je vous en supplie, contenez-vous. Promettez-le-moi.