— Ah bah ! Et moi qui croyais que tu t’appelais Koval. Eh bien, je me suis trompé, plaisanta le général. Il n’y a rien à faire… j’ai raté mon effet… ajouta-t-il plein de bonhomie.

Le visage du soldat s’épanouit de joie.

— Pas du tout, Votre Excellence, cria-t-il encore plus fort. Chez moi, au village, j’avais une forge avant de venir au régiment : j’étais forgeron.

— Tu vois bien ! lui dit amicalement le général qui se flattait de connaître les soldats. Capitaine, cet homme compte-t-il parmi vos bons soldats ?

— C’est un très bon soldat. Tous les soldats sont bons dans ma compagnie, répondit Stelkovskiï avec son assurance coutumière.

Le général fronça le sourcil, mais ses lèvres esquissèrent un sourire qui donna à toute sa physionomie une charmante expression de bonté.

— Hum ! hum ! capitaine, je crois que vous vous avancez beaucoup… Vous avez bien des hommes punis ?

— Pas un seul, Votre Excellence. Depuis cinq ans, pas un seul !

Le général se pencha lourdement sur sa selle et tendit à Stelkovskiï sa grosse main gantée de blanc.

— Merci, mon cher ami, merci ! dit-il avec un tremblement dans la voix, tandis que des larmes brillaient à ses yeux. Comme beaucoup de vieux militaires un peu originaux, le général avait la larme facile. Merci, vous avez fait plaisir à votre vieux général ! Merci, mes braves ! cria-t-il énergiquement à la compagnie.