— Flexion alternative des bras et des jambes en avant…

— Un, deux. Un, deux — et dix jeunes voix puissantes s’appliquèrent à crier nerveusement : Aoh ! Aoh ! Aoh !

— Halte ! glapit Siérochtane. Lapchine, pourquoi fais-tu l’imbécile ! Tu joues des poings comme une bonne femme de son tisonnier. Tâche voir un peu d’exécuter proprement les mouvements.

Ensuite les sous-officiers emmenèrent au pas de course leurs sections aux appareils de gymnastique qui se dressaient aux différentes extrémités du terrain d’exercices. Cet adroit gamin de Lbov, très fort en gymnastique, enleva rapidement sa tunique et, ne conservant que sa chemise de cotonnade bleue, courut le premier aux barres parallèles. Il en saisit les extrémités, prit à trois reprises son élan, décrivit de tout le corps un cercle complet, si bien qu’un moment ses pieds se trouvèrent exactement au-dessus de sa tête, et soudain, lâchant les barres, fit un bond de trois mètres, pirouetta en l’air et retomba sur la pointe des pieds avec une souplesse de chat.

— Sous-enseigne Lbov, vous faites encore l’acrobate ! lui cria Sliva avec une sévérité feinte. Au fond de son cœur, cette vieille baderne avait un faible pour le sous-enseigne qu’il considérait comme un parfait officier de troupe connaissant bien le règlement. — Montrez seulement les mouvements réglementaires. Nous ne sommes pas ici à la foire !

— A vos ordres, monsieur le capitaine ! répondit gaiement Lbov. Je dis, à vos ordres, mais je n’en ferai rien, ajouta-t-il à mi-voix en adressant à Romachov un clignement d’œil significatif.

La quatrième section s’exerçait à l’escalade de l’échelle inclinée. L’un après l’autre, les soldats saisissaient un échelon à bras tendus et grimpaient ainsi jusqu’en haut. Le sous-officier Chapovalenko les regardait d’en bas et faisait ses remarques.

— Ne gigote pas des jambes !… La pointe des bottes en l’air !

C’était le tour du soldat Khliebnikov, qui était la risée de la compagnie. Bien souvent, Romachov s’étonnait, en le regardant, qu’on ait pu prendre au service ce pauvre diable de meurt-de-faim, guère plus haut qu’un nain, et dont le visage glabre et sale était à peine gros comme le poing. Une congénitale épouvante, stupide et résignée, semblait à jamais figée dans ses yeux moites et, quand le sous-lieutenant rencontrait leurs regards, un sentiment confus fait d’angoisse et de remords s’éveillait dans son cœur.

Khliebnikov demeurait maladroitement suspendu, dans la pose d’une personne étranglée.