3. Ô quelles grâces ne dois-je pas vous rendre, de ce que vous avez daigné me montrer, et à tous les fidèles, la voie droite et sûre qui conduit à votre royaume éternel.
Car votre vie est notre voie; et par une sainte patience, nous marchons vers vous, qui êtes notre couronne.
Si vous ne nous aviez précédés et instruits, qui songerait à vous suivre?
Hélas! combien resteraient en arrière, et bien loin, s'ils n'avaient sous les yeux vos sacrés exemples!
Après tant de miracles et d'instructions, nous sommes encore tièdes! que serait-ce si tant de lumière ne nous guidait sur vos traces?
RÉFLEXION.
La vie de l'homme sur la terre est pleine de douleur, de misère, de souffrances; qui ne le sait? Nous sommes visiblement punis, et comme la justice qui nous châtie est toute-puissante, nul moyen d'échapper au châtiment. Or, en cet état, la sagesse humaine n'a vu que le choix entre deux partis: ou de se raidir contre la nature et de nier le supplice, ou d'y chercher une distraction dans la volupté. Elle a demandé le bonheur à l'orgueil et aux sens, et, trompée dans ses espérances, elle s'est voilée la tête, en disant: Il n'y a point de remède. Le monde en était là, quand tout à coup une voix s'élève: Heureux ceux qui pleurent[259]! Les peuples écoutent et s'étonnent; quelque chose de nouveau se remue en eux; ils comprennent, ils goûtent la joie des larmes, et du haut de la croix où l'homme de douleurs[260] est attaché, un fleuve inépuisable de consolations inconnues coule sur le genre humain. La vie a perdu sa tristesse, depuis que, baigné d'une sueur de sang, et dans les transes de l'agonie, Jésus s'est écrié: Mon âme est triste jusqu'à sa mort[261]. Elle n'a plus assez de souffrances pour le repentir qui les cherche, pour l'amour qui les désire et qui s'y complaît. Qu'est-ce donc que cette merveille? Ô Fils du Dieu vivant, c'est que votre lumière a éclairé le monde, et que votre grâce l'a touché; c'est que l'homme, sorti de sa voie, l'a retrouvée en vous qui êtes la voie, la vérité et la vie[262]; c'est qu'il a conçu qu'après le péché, le seul bien qui reste est l'expiation, et il a dit en regardant la croix: Ou souffrir, ou mourir! Victime sainte, Agneau de Dieu qui ôtez le péché du monde[263], donnez-moi de souffrir avec vous, et de mourir en unissant mes dernières souffrances à celles qui nous ont rouvert le ciel que le péché nous avait fermé!
[ [259] Matth., V. 5.
[ [260] Is., LIII, 3.
[ [261] Marc., XIV, 34.